Zama de Lucrecia MARTEL

Le retour de la cinéaste argentine Lucrecia MARTEL est un événement à la proportion de l’ambition de son nouveau long métrage.

En adaptant un roman historique et en contant l’histoire d’une sorte de fonctionnaire colonial, pris au piège de l’ennui, de la solitude et des frustrations des ambitions déçues, la cinéaste livre son dernier combat sur plusieurs fronts à la fois. Elle s’attaque, en effet, ici à la fois à une transposition littéraire, à une reconstitution historique, et à la peinture d’une folie qui s’insinue doucement, avec une tranquillité sournoise, trompeuse. Zama répond à toutes ces questions tout en livrant un regard opaque sur un homme qui sombre, sans la moindre conscience personnelle de sa chute. L’immense force du film réside dans son présent perpétuel. Il n’y a pas de travail sur le passé, guère évoqué, et pas beaucoup plus sur un futur fortement bouché.

Il n’y a pas non plus de distance induite par le cinéaste entre le héros et la folie qui s’empare lentement de lui. Il n’y que ce présent donc, ce temps sans fin qui s’écoule, ce regard sur un homme qui, et nous avec, ne perçoit même pas ses repères, son réel, s’effondrer tout autour de lui. Là où tant de cinéastes se servent d’effets appuyés et démonstratifs pour tenter de représenter l’indicible, MARTEL réalise une sorte d’hommage aux puissances premières et primitives du cinéma, capable de capter une abstraction mentale avec une apparente simplicité, forcément plus touchante et tranchante.

Critique de Pierre-Simon GUTMAN

Film argentin de Lucrecia MARTEL (2017),  avec Daniel GIMENEZ CACHO, Lola DUEÑAS, Matheus NACHTERGAELE. 1h 55.

Photos : © Shellac
2018-07-12T16:57:10+00:00 jeudi 12 juillet 2018|Critiques Texte|

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