Zabriskie Point de Michelangelo ANTONIONI

>>>Zabriskie Point de Michelangelo ANTONIONI

 

Zabriskie Point est incontestablement un marqueur. Qui témoigne de la volonté de Michangelo Antonioni d’élargir son champ d’observation (après avoir tourné la plus grande partie de ses films dans son Italie natale, il venait de signer un chef d’œuvre pop en Angleterre, Blow up,  avant d’aller filmer les Chinois). Sans être aussi flamboyant qu’un Fellini, Antonioni n’a jamais cessé de tourner le dos à un cinéma réaliste, développant au contraire un certain sens du baroque qui trouve toute son ampleur dans ce road movie américain dont les fulgurances esthétiques (utilisation massive de la bande-son rock, ralentis et symboles à foison) ont sans doute vieilli, mais qui n’en sont pas moins comme le drapeau fièrement agité d’une époque de feu. Notons au passage que le très animal et séduisant Mark Frechette est mort en prison quelques années après le film dans des circonstances mal élucidées. Car le film est aussi contestataire sur le fond qu’il est radical sur la forme. Porteur de cette fameuse « contre-culture » qui a fleuri à travers le monde après 1968, le film débute à l’université de Berkeley (lors de violents affrontements avec la police) et se clôt dans la Vallée de la mort (dont Zabriskie point est l’un des hauts lieux touristiques). Ode à la liberté, porteur d’une rébellion fiévreuse, le film est aussi une très belle (et fulgurante) histoire d’amour qui se décline avec une naïveté assumée et un romantisme qui ne peut qu’emporter les cœurs les plus pacifiés. C’est peu dire qu’Antonioni utilise les paysages de la Vallée de la mort avec maestria (nous sommes loin de la modestie esthétique assumée de Guillaume Nicloux dans Valley of love) et qu’il nous donne envie d’aller nous rouler nus nous aussi dans les sables du désert…

Yves ALION

Film américain de Michelangelo ANTONIONI (1970), avec Mark FRECHETTE, Daria HALPRIN, Paul FIX. 1h 45.

 

2017-03-09T15:54:48+00:00 mercredi 25 mai 2016|Critiques Texte|