Un nom brille au générique de cette chronique sociale d’aujourd’hui qui s’attache à la survie d’une famille du lumpen prolétariat dublinois expulsée de chez elle et jetée à la rue : celui de l’écrivain Roddy DOYLE qui en a conçu le scénario. L’auteur célébré des Commitments et de The Van n’a pas son pareil pour décrire les gens simples en écartant simplisme et complaisance au profit de l’empathie. Il signe ici une histoire d’errance universelle qui s’inscrit dans la lignée de Louise Wimmer (2011), 99 Homes (2014) ou Mobile Homes (2017) par sa description entomologique des laissés pour compte du libéralisme mal tempéré et de l’horreur économique. À ce détail près que le film de Paddy BREATHNACH refuse le misérabilisme pour se concentrer sur la solidarité à toute épreuve de cette famille de quatre enfants qui se serre les coudes dans l’adversité et refuse de baisser la garde. Il faut voir cette mère de famille harceler les hôtels au téléphone pour dégoter un hébergement temporaire dans une ville fantôme où la misère est devenue endémique. Pas question pour elle de se lamenter ou de faire vibrer la corde sensible. Rosie Davis garde la tête haute en toutes circonstances et inculque  à ses enfants des valeurs saines qui leur permettront de rester dignes et de faire face à un univers impitoyable programmé économiquement pour broyer les plus fragiles. Ce personnage féminin hors du commun est incarné par une actrice époustouflante dont on ne devrait pas tarder à reparler : Sarah GREENE.

Critique de Jean-Philippe GUERAND

Rosie Davis. Film irlandais de Paddy BREATHNACH (2018), avec Sarah GREENE, Moe DUNFORD, Ellie O’HALLORAN. 1h26.