L’un des intérêts des sagas qui s’étalent sur plusieurs décennies est de mettre le doigt sur les différentes approches d’un thème, à travers le temps. Observer comment le personnage (et avec lui le mythe) de Rambo a évolué depuis sa première apparition (en 1982) est de ce point de vue des plus éclairant. Le premier opus (en anglais First Blood, le dernier se nommant Last Blood, la boucle est bouclée) avait le double avantage de nous précipiter dans un engrenage de violence à la construction millimétrée et de poser la question de la mauvaise conscience de l’Amérique face à ceux qui avaient fait la guerre du Vietnam et qu’il était urgent d’oublier. Rambo II, sous son allure stéroïdée, disait exactement l’inverse, la fragilité du personnage étant mise entre parenthèse le temps qu’il liquide toute l’armée vietnamienne à lui tout seul ! Caricature du film d’action avec beaucoup de muscle et peu de jugeote, Rambo aura donc mis 37 ans pour aboutir à ce Last Blood sans doute crépusculaire et hanté (c’est son seul atout), mais qui n’a pas vraiment l’ambition de dépasser la série B (voire Z). Le personnage lui-même a réduit la voilure : il n’est plus le symbole d’un pays qui se cherche, mais l’homme seul et blessé qui n’a plus qu’une seule obsession : se venger d’un cartel mexicain responsable de la mort de celle qu’il considérait comme sa fille. Ce qui nous vaut une heure de scènes d’introduction, qui débouchent sur une demi-heure de castagne, d’explosions et de chairs mutilées, quand une véritable armée de délinquants attaque la ferme où s’est replié Rambo. Mais comme son antre est truffé de pièges, le carnage ne concerne que les méchants. C’est parfois efficace mais également répétitif et complaisant. Même si notre homme opère au son de la musique des Doors. Un retour aux racines vietnamiennes de la série, via un hommage à Apocalypse now ?

Critique d’Yves Alion

Rambo : last blood. Film américain d’Adrian GRUNBERG (2019), avec Sylvester STALLONE, Paz VEGA, Sergio PERIS-MENCHETA. 1h40.