Une artiste peintre intègre une résidence dirigée par un plasticien de renom qui règne en despote sur ses disciples. Il apparaît toutefois assez vite que la capacité de résistance de la jeune femme est justifiée par une motivation plus intime. Présenté il y a tout juste un an dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, Petra traite en fait d’un sujet qui évoque celui d’un film montré simultanément à la Semaine de la critique, Guy d’Alex LUTZ. À ce détail près que c’est ici une femme qui recherche son père biologique afin de mieux comprendre qui elle est vraiment. Cette quête introspective passe par une épreuve initiatique et la confrontation de l’excellente Bárbara LENNIE avec un débutant d’un âge certain, Joan BOTEY, un ingénieur agronome qui pratique lui-même l’aquarelle. Une alchimie audacieuse qui provoque des étincelles émotionnelles. Le sixième long métrage de Jaime ROSALES fascine par sa richesse et sa détermination. Les sentiments qui s’y expriment sont parfois peu aimables, mais ils ont l’insigne mérite de jalonner une quête existentielle implacable, circonscrite dans une mise en scène tirée au cordeau. En filigrane, affleure une réflexion sur l’art qui peut s’interpréter comme le reflet des préoccupations d’un cinéaste qui vise autant le cœur que la tête, sans succomber pour autant au piège de sa propre vanité. Avec pour credo cette maxime d’Aristote : « Tout doit être surprenant et nécessaire », que ROSALES applique en encourageant ses interprètes à improviser.

Critique de Jean-Philippe GUERAND

Film hispano-franco-danois de Jaime ROSALES (2018), avec Bárbara LENNIE, Alex BRENDEMÜHL, Joan BOLEY. 1h47.