L’événement, c’était l’apparition d’un maître du cinéma. Il a eu lieu au festival de Locarno en 2015, les quatre comédiennes de Senses recevant ensemble le prix d’interprétation féminine. Bien qu’influencé par ROHMER et CASSAVETES, le jeune réalisateur faisait entendre un ton parfaitement original. Bataille de sentiments, superposition de non-dits, fantaisie et gravité, révélations maladroites ou fatales. Mais surtout audace formelle constante, sans faute de goût, sans formalisme, sans cette répétition d’après modèles qui empoisonne tant de films serviles. Puis ce fut Asako I et II, sorti le 2 janvier 2019, qui confirmait la force de cette voix inattendue. On accueille comme un cadeau la diffusion de son tout premier film, Passion, œuvre d’étudiant réalisée en 2008. Et déjà, aucune concession, aucun bégaiement de débutant. La thématique (groupe d’amis, sentiments complexes, amours embarrassées) est déjà là, le style très personnel aussi. L’annonce de leur mariage à venir à leurs meilleurs amis aura d’incalculables conséquences pour Kaho et Tomoya. À 29 ans, âge symbolique pour lui d’une jeunesse qui commence à s’éloigner, le metteur en scène montrait ses contemporains exacts, dans leur inexpérience et leurs espoirs. Il dit aujourd’hui qu’il était aussi inexpérimenté qu’eux. Peut-être. Mais les maîtres n’attendent pas le douzième film pour se révéler. Passion en est une nouvelle preuve.

Critique de René MARX

Passhon. Film japonais de Ryusuke HAMAGUCHI (2009), avec Aoba KAWAI, Ryuta OKAMOTO, Fusako URABE, Nao OKABE. 1h55.