Juan ANTIN a mis près de quinze ans à mener à bien Pachamama, projet qui lui tenait à cœur en raison à la fois de son sujet (la confrontation d’un petit village de la Cordillère des Andes avec les conquistadors espagnols) et de ses résonances écologiques avec notre époque. Après la rencontre déterminante avec Didier et Damien BRUNNER (les heureux producteurs du Grand méchant renard et autres contes et d’Ernest et Célestine de Benjamin RENNER), le réalisateur argentin s’est finalement installé en France pour aller au bout de son rêve.

Un rêve historiquement ambitieux, plutôt charmant, et à la trame relativement classique, qui suit deux enfants lancés dans une quête initiatique pour retrouver la Huaca, la statuette protectrice de leur village. Si le contexte génère une certaine forme de tension (les Incas comme les envahisseurs sont assoiffés d’or, sans respect aucun pour la vie humaine), le dessin naïf et coloré (c’est une explosion de roses, d’oranges, de violets…) ramène systématiquement le récit du côté du conte. Les « méchants » Espagnols sont d’ailleurs plutôt désincarnés, leurs propos n’étant jamais traduits, et leurs actes tournés en ridicule. En revanche, la « Pachamama » (la déesse terre avec laquelle les Andins vivent en harmonie) s’avère une force naturelle stupéfiante, tantôt nourricière et tantôt destructrice, qui non seulement protège ceux qui la vénèrent mais anéantit ceux qui ne la respectent pas. C’est elle, symbole de l’osmose nécessaire entre l’homme et son environnement, qui s’avère à juste titre la véritable héroïne du film.

Critique de Marie-Pauline MOLLARET

Film français d’animation de Juan ANTIN (2018). 1h12.