Le film précédent d’Ivan TVERDOVSKY, Zoologie, nous laissait découvrir une femme avec une queue. Le héros de L’Insensible ne bénéficie pas de la même étrangeté physique, mais il est néanmoins insensible à la douleur de façon peu commune. Tant et si bien qu’au sein de l’orphelinat où il a été élevé un jeu récurrent est organisé au cours duquel ses camardes l’enveloppent dans un tuyau en plastique et serrent de toutes leurs forces pour éprouver sa résistance. Une fois dehors l’adolescent usera de son endurance pour extorquer de l’argent aux automobilistes après s’être jeté sous leurs roues. Et cela avec la complicité de la police locale, qui touche à chaque fois son pourcentage. On l’aura compris, c’est une vision très sombre du monde que propose le film, la corruption généralisée et l’absence de lumière ne concourant pas à redonner un tant soit peu d’espoir. Mais notre empathie pour les personnages ne déborde pas pour autant, la froidure s’étalant également sur les sentiments qui se font jour. Au point que l’on soupçonne le metteur en scène d’y prendre un certain plaisir misanthrope. Nous n’aurions pas détesté trouver dans son film un peu plus de chaleur ou de compréhension, voire un brin d’ambiguïté sa  peinture sans concession du monde qu’il décrit. Un seul aspect, qui aurait sans doute gagné à être plus développé : la relation trouble et à la limite de l’inceste qui lie l’adolescent révolté et sa mère, encore jeune qui n’aime rien tant que lui tourner autour en sous-vêtements. Sans que l’on sache si son attitude est nécessitée par le besoin de s’insérer elle aussi dans le gigantesque panier à crabes social ou si ce débordement contre-nature est au fond comme une tentative de revanche de la vie sur l’hibernation généralisée et définitive du monde.

Critique de Yves ALION

Podbrosy. Film russe d’Ivan TVERDOVSKY (2018), avec Denis VLASENKO, Anna SLYU, Danil STEKLOV. 1h27.