“Quelle allure” dit le personnage incarné par Jean DUJARDIN en s’observant dans la glace avec sa nouvelle acquisition, une veste en daim à franges. Et on se dit la même chose de l’acteur, qui est époustouflant dans le rôle de cet homme froid et dénué d’affect, qui se donne corps et âme à son obsession, jusqu’à se laisser totalement engloutir. Oscillant sans cesse entre le grotesque et le glaçant, le ridicule et le malaisant, Quentin DUPIEUX propose un film à la partition exemplaire qui va crescendo dans sa folie, assumant jusqu’à l’extrême fin sa radicalité froide. Il parvient ainsi à rendre à la fois hilarant et effrayant un simple champ contre-champ entre un homme et une veste, et à faire accepter au spectateur la violence la plus gratuite grâce à son humour (noir) et à son sens (inné, mais on le savait déjà) de l’absurde. Et lorsqu’on pense le film arrivé au bout de son schéma narratif, il embraye sur un deuxième niveau de lecture, avec une mise en abîme de la figure du réalisateur qui devient une observation (bourrée d’autodérision) de la folie créatrice. Une dimension “meta” que vient renforcer le personnage d’Adèle HAENEL (serveuse le jour et monteuse la nuit) qui, par ses propres obsessions, plonge un peu plus profondément le film dans une forme de nihilisme monstrueux et irrésistible.

Critique de Marie-Pauline MOLLARET

Film français de Quentin DUPIEUX (2019), avec Jean DUJARDIN, Adèle HAENEL, Albert DEPLY, Marie BUNEL. 1h17