La Chute de l’empire américain de Denys ARCAND

>>>La Chute de l’empire américain de Denys ARCAND

Trente-trois ans après Le Déclin de l’Empire américain, le plus populaire des cinéastes québécois redonne de ses nouvelles avec un nouveau film, tout aussi réjouissant, La Chute de l’Empire américain. Le prochain sera-t-il La Putréfaction de l’Empire américain ? Mais la continuité n’est qu’apparente. Non seulement parce que le cinéaste n’a jamais cessé de nous abreuver de ses films (nous gardons une tendresse particulière pour Les Invasions barbares) mais aussi parce que les deux opus ne traitent pas vraiment du même sujet. Si le désarroi de l’homme occidental reste au cœur de l’œuvre de Denys ARCAND, celui-ci a manifestement muté (le désarroi, pas le cinéaste). Ce n’est plus le sexe qui mène le monde, mais le fric. La Chute de l’Empire américain ne parle que de ça ! Un sujet épineux, d’autant plus délicat à traiter qu’il n’offre pas toujours la possibilité de trouver une traduction en images immédiatement prégnantes. Le personnage central est ici un trentenaire désabusé, tant par les choses de l’amour que par la façon dont tourne le monde, pas vraiment dans le bon sens semble-t-il, un personnage plein de contradictions qui ne déparerait pas dans un film de Woody ALLEN. Mais notre homme va devoir revoir toute sa conception des choses le jour où une montagne d’argent va lui tomber dans les bras sans qu’il y soit pour quelque chose (un peu quand même). Pour affronter cette situation inédite, il va s’associer à un ancien taulard et à une call girl, qui ont en commun de savoir ce que signifie d’être corrompu par le fric. Le film va dès lors traiter son sujet sous toutes les coutures, se muant facilement en fable des temps modernes, sans pour autant jamais manquer d’appuyer là où ça fait mal. Notamment quand entre en scène un avocat d’affaires spécialisé en « optimisation fiscale » qui connaît donc les paradis fiscaux (et les règlements bancaires) comme sa poche. L’humour d’ARCAND est grinçant, mais il fait mouche. D’autant que nous sentons son empathie pour la troupe de marginaux qui se retrouvent à défier le système. Aujourd’hui Robin des bois ne se cache plus dans la forêt de Sherwood, il porte un costume trois pièces et fréquente le gratin de la finance. Et il lui reste même encore un peu de temps pour conter fleurette à Lady Marianne

Critique de Yves ALION

Film canadien de Denys ARCAND (2018), avec Alexandre LANDRY, Maripier MORIN, Rémy GIRARD. 2h09.

2019-09-17T11:31:02+00:00 mercredi 20 février 2019|Critiques Texte|