De retour dans sa famille pour lui annoncer qu’il est atteint d’un mal incurable, un homme se trouve rattrapé par un passé dont il avait réussi jusque-là à se maintenir à bonne distance. Ce retour du fils prodigue ne contribue qu’à creuser les conflits et les ressentiments qui rongent les uns et les autres. En portant à l’écran une pièce du dramaturge Jean-Luc Lagarce, fortement empreinte d’éléments autobiographiques (l’auteur est lui-même mort du sida), Xavier Dolan a souhaité s’en réapproprier le propos et en confier la prose implacable à des interprètes prestigieux. Quitte, sans doute, à nuire à sa puissance dramatique. Difficile de faire abstraction de la personnalité des acteurs célèbres qu’il a convoqués au chevet de cette œuvre. Dolan ne les filme d’ailleurs pas tous avec la même aménité. Loin s’en faut. Il prend le parti de Gaspard Ulliel dès son apparition à l’écran et ne ménage dès lors aucun de ses partenaires, de la mémère fofolle que campe Nathalie Baye au frère castrateur qu’incarne Vincent Cassel. Comme si, au-delà de ce texte, il cherchait à exprimer un point de vue plus personnel sans vraiment prendre le risque de s’impliquer à visage découvert. C’est d’ailleurs là tout le paradoxe qui régit son cinéma depuis J’ai tué ma mère (2009). Jusqu’au jour où le vernis craquera enfin… Mais, à vingt-sept ans, Xavier Dolan a encore du temps devant lui. Reste que Juste la fin du monde est peut-être le plus impersonnel de ses films, même si ce n’est pas le moins brillant.

Jean-Philippe GUERAND

Film canadien de Xavier DOLAN (2016), avec Gaspard ULLIEL, Vincent CASSEL, Marion COTILLARD. 1h 37.