Jeanne de Bruno DUMONT

Il y a deux ans, le réalisateur proposait Jeannette. Il y faisait chanter et danser deux jeunes filles de huit ans et treize ans dans des décors nordistes étonnamment désertiques qui figuraient la Lorraine de la petite héroïne. Il annonçait : « Jeannette ne marche pas dans la Meuse, elle marche dans notre imaginaire ». S’inspirant déjà de Charles Péguy, il mêlait comme d’habitude la candeur, l’ironie, l’humour, la trivialité et le spirituel. C’était l’enfance de la sainte, rêvée par le cinéaste. Le procès de 1431 étant totalement documenté, Jeanne est plus conforme à la réalité historique et suit plus concrètement ce que fut le génie de cette jeune fille morte à 19 ans. Choisir de la faire interpréter par une actrice de 10 ans (la force de l’enfance face à des vieillards tristes et veules) est une décision extraordinaire du cinéaste. Il reste dans les décors des plages du Nord, rend compte des batailles en faisant danser chevaux et cavalier, choisit la cathédrale d’Amiens pour cadre du procès. Les visages grimaçants, les voix tremblotantes des hommes cruels qui ont vendu d’avance la mort de Jeanne aux envahisseurs anglais, qu’ils servent comme d’éternels pétainistes, rencontrent la  fermeté de Jeanne. Face à ses bourreaux elle est l’humanité face à la tristesse du monde. Comme une artiste dans un combat épuisant mais victorieux (malgré tout) pour se faire entendre.

Critique de René Marx

Film français de Bruno DUMONT (2019), avec Lise LEPLAT-PRUDHOMME, Jean-François CAUSERET, CHRISTOPHE, Fabrice LUCHINI. 2h18

2019-09-23T15:51:43+00:00 mercredi 11 septembre 2019|Critiques Texte|