Difficile d’aimer ce film. Il ne fait d’ailleurs strictement rien pour séduire et constitue pour son réalisateur allemand d’origine turc, Fatih AKIN, une sorte de retour au cinéma radical qu’il a pratiqué jusqu’à sa consécration internationale avec Head On. Golden Glove s’inscrit pourtant dans l’histoire du cinéma allemand comme une excroissance naturelle de M le maudit (1931) de Fritz LANG, pour son personnage de tueur psychopathe, et l’œuvre toute entière de Rainer Werner FASSBINDER pour son ancrage dans les bas-fonds interlopes de l’Allemagne des années 70. L’histoire de ce tueur de prostituées qui a sévi à Hambourg est l’occasion pour AKIN de s’attacher à un monstre qu’il décrit sans la moindre empathie coupable dans deux décors alternatifs : l’appartement minable où il vit dans la puanteur des membres momifiés de ses victimes et le Golden Glove, un bar glauque où se retrouve la lie de l’humanité, y compris d’anciens nazis qui noient leur nostalgie du Troisième Reich dans l’alcool. Jonas DASSLER réussit une composition prodigieuse dans le rôle de ce suppôt de Jack l’éventreur qui semble avoir repoussé les frontières du Mal. Il n’est d’ailleurs jamais question de morale dans ce film. À travers ce personnage d’une prodigieuse ignominie, Fatih AKIN dresse un portrait à charge saisissant de l’envers du prétendu miracle économique allemand. Il assume ce parti pris jusqu’à l’extrême et ne ménage pas le moindre signe d’espoir. C’est la force du film. C’est aussi sa limite.

Critique de Jean-Philippe GUERAND

Der Goldene Handschuh Film allemand de Fatih AKIN (2018), avec Jonas DASSLER, Katja STUDT, Marc HOSEMANN. 1h55.