1927. Le manoir de la famille Crawley accueille les monarques anglais qui débarquent avec leurs domestiques, condamnant ainsi à l’inaction le personnel en place qui ne l’entend pas ainsi. La première adaptation pour le grand écran de la série télévisée Downton Abbey est une réussite qui a tout pour engendrer à son tour une saga cinématographique à succès. Une situation d’autant plus insolite que ce thème des destinées parallèles des maîtres et valets avait déjà été décliné par le scénariste Julian FELLOWES dans le film qui l’a rendu célèbre : Gosford Park (2001) de Robert ALTMAN. Pas d’intrigue policière ici, mais une satire sociale malicieuse qui circonscrit la lutte des classes dans un espace clos et exalte la nostalgie d’un monde presque parfait qui repose sur la pérennité de rituels immémoriaux, avec en filigrane une version édulcorée de la fameuse dialectique hégélienne du maître et de l’esclave. L’ensemble dispose d’un casting haut de gamme où Maggie SMITH, Imelda STAUNTON et Elizabeth McGOVERN incarnent les gardiennes d’un temple du bon goût empreint d’une irrésistible nostalgie. La distribution est d’ailleurs celle de la série, sans qu’il soit nécessaire de l’avoir suivie pour savourer ce film tiré à quatre épingles. Downton Abbey ressemble aussi à la chronique de la mort annoncée d’un monde où une héritière de la noblesse provoque un scandale parmi les siens en choisissant pour héritière sa dame de compagnie. Cette charmante désuétude a le charme d’un plaisir interdit.

Critique de Jean-Philippe GUERAND

Downton Abbey. Film britannique de Michael ENGLER (2019), avec Hugh BONNEVILLE, Maggie SMITH, Imelda STAUNTON. 2h03.