Le Grand Prix décerné par le jury du dernier Festival de Cannes, après des espoirs même de Palme d’or, couronne le premier long métrage d’une réalisatrice franco-sénégalaise qui n’est pas tout à fait une débutante. Nièce du merveilleux artiste Djibril DIOP MAMBETY (1945-1998), elle a été comédienne pour Claire DENIS, a réalisé depuis 15 ans des courts métrages remarquables et un moyen métrage unanimement salué, Mille Soleils (2013). Ce premier long reprend un projet commencé avec les quinze minutes d’Atlantiques en 2010. DIOP mêle le documentaire, offrant une vision en profondeur de la ville de Dakar, et le songe sentimental, une touchante histoire d’amour entre deux très jeunes gens égarés. Et, surtout, elle laisse entrer les fantômes, évoquant à nouveau ces ombres si précieuses au cœur des cinéphiles. Comme dans tant de grands films, le spectateur est entraîné dans un rêve. Mais c’est un rêve dont les fumées et les incertitudes rappellent constamment le monde réel, les malheurs des migrants, la réalité urbaine, les trafics, l’argent. À Dakar, c’est précisément le quartier de Thiaroye qu’elle filme, ce lieu de mémoire cruel pour toute l’Afrique depuis 1945, évoqué déjà par le grand Sembène OUSMANE il y a trente ans. Splendeur des images, envoûtement qui prend le spectateur sans jamais lui faire quitter sa lucidité sur le monde où il vit : l’oncle, là où il est, doit être fier de la nièce.

Critique de René Marx

Atlantique. Film franco-belgo-sénégalais de Mati DIOP, avec Mame Binéta SANE, Amadou MBOW, Ibrahim MBAYE. 1h45.