Au cours de l’été de ses 13 ans, un gamin fuit sa famille dysfonctionnelle en tentant de s’intégrer parmi un groupe de skaters plus âgés que lui. Pour sa première réalisation, le comédien Jonah HILL s’attache à un délicat parcours initiatique sous le soleil californien des années 90. Il s’inscrit ce faisant dans une grande tradition avec une empathie particulièrement communicative pour ce gamin livré à lui-même dans un environnement écrasé par une torpeur un peu irréelle. Son personnage principal est l’un de ces enfants avec la clé autour du cou comme l’éclatement de la cellule familial en a laissés tant sur le carreau dans le sillage de la révolution soixante-huitarde.

Désireux d’échapper à une mère absente et un frère aîné caractériel, le petit bonhomme a hâte de grandir et essaie pour cela d’intégrer des adolescents dont il devient le souffre-douleur puis la mascotte. Mais il est dur au mal et mû par une détermination à toute épreuve. De toute évidence, Jonah HILL évoque une période qu’il a vécue et qu’il reconstitue en usant de certains tics visuels de l’époque, à commencer par le grand angle. Bien qu’elle n’ait officiellement rien d’autobiographique, cette chronique d’un été convoque toutefois des références flagrantes, à commencer évidemment par les premiers opus cinématographiques du photographe Larry CLARK, même s’il ne cautionne pas une vision aussi pessimiste que Kids (1995). Tel quel, 90’s est un film extrêmement prometteur qui touche pas son caractère compassionnel.

Critique de Jean-Philippe GUERAND

Mid90s. Film américain de Jonah HILL (2018), avec Sunny SULJIC, Katherine WATERSTON, Lucas HEDGES. 1h25.