Pierre SCHOELLER aux Jeudis de l’ESRA

Les élèves de l’ESRA ont rencontré Pierre SCHOELLER, réalisateur et scénariste, le jeudi 5 mars 2020, à l’occasion des Jeudis de l’ESRA.   

À 21 ans, il entre à l’école Louis Lumière et, après un premier court-métrage, il commence l’écriture d’un téléfilm pour Arte « Zéro défaut » en 2003 racontant la condition ouvrière en France, qu’il réalisera aussi. Il écrit ensuite « Versailles » qu’il réalise en 2008 avec Guillaume DEPARDIEU. Ne perdant pas son intention de faire un film politique, il s’attelle ensuite à l’écriture de « L’exercice de l’état ». Il s’est énormément documenté pour peu à peu reconstituer des événements qui ont rendu le film réaliste. Il travaille ensuite avec Canal + sur un autre film politique « Les Anonymes – Ùn’ pienghjite micca ».

Après un bref retour sur sa carrière, les étudiants ont posé nombre de questions en lien avec la réalisation du film « Un peuple et son roi »Pierre SCHOELLER leur a livré sa démarche de création. Dans ce genre de film, il convient de trouver la limite entre le côté historique et la fiction, entre ce qui est inventé et la réalité. Le scénario est basé sur des archives ; 80% de ce qui est dans le film a été prononcé. Il a voulu une mise en scène frontale et picturale et l’a pensé tel un opéra. Les scènes ont quasiment toutes été tournées à deux caméras, avec un découpage pauvre. Un grand travail sur les sources de lumières et les clairs-obscurs a été effectué. Ne supportant pas la lumière artificielle, il n’a pas souhaité l’électricité mais plutôt la bougie. Des leds, transformées en flammes lors de la post-production, ont été utilisé pour feinter et obtenir une lueur similaire à la bougie car il était impossible d’allumer des bougies au Château de Versailles. Il voulait que les corps et les costumes soient très présents. Le film a été difficile à écrire et à faire exister entre l’équation financière et la fabrication. Certaines scènes, chansons et dialogues sont extrêmement construits ; d’autres plus libres et improvisés dû à la réalité du tournage.

Ce qu’il aime dans le cinéma c’est faire entrer le monde dans un film, la singularité des choses et des êtres. Il se documente et s’imprègne jusqu’à les éprouver. Ses scénarios sont toujours accomplis, cependant, il réécrit constamment. L’avantage d’écrire ses propres films est de pouvoir réagir assez vite. Pour lui, il faut prendre plaisir et vivre dans son film en étant accueillant et pédagogue.

Pierre SCHOELLER a conclu cette masterclass en recommandant aux étudiants de ne pas perdre de vue leurs intentions de départ ; qu’il s’agisse d’une histoire ou d’un personnage. Il faut être cohérent. Des scénarios et projets peuvent s’arrêter puis reprendre. De manière plus technique, il leur a indiqué qu’il est important de lire le scénario à haute voix, de le faire relire et de l’écouter, sans avoir peur de bousculer la construction, de jeter et de recommencer.