Wonder Wheel de Woody ALLEN

Difficile de parler de Woody ALLEN sans faire « boule de neige », sans se référer aux quarante-six longs métrages qui ont précédé pour retracer les lignes maîtresses d’une œuvre en tous points passionnante. Difficile aussi de ne pas glisser un mot sur les contradictions d’un homme qui dans la sphère privée n’est peut-être pas à la hauteur de ce que le cinéaste donne à voir. Que l’on nous permette pourtant d’aller droit au but, et de faire comme si, une fois n’est pas coutume, nous ne savions rien de l’auteur de ce Wonder Wheel. Il est bien sûr tentant de faire remarquer que les forains de Coney Island étaient déjà cités dans Annie Hall ou que la nostalgie du signataire de Radio Days n’est pas un vain mot. Mais revenons à Wonder Wheel… Le film se déroule en un lieu unique avec une demi-douzaine de personnages centraux, ce qui fait qu’il est tentant de parler de théâtre. Woody ALLEN ne se prive d’ailleurs pas de citer Eugene O’NEILL, mais il aurait tout aussi bien pu le faire avec Arthur MILLER ou Tennessee WILLIAMS. Car c’est bien l’atmosphère d’une certaine Amérique idéalisée d’après-guerre, mais dont ces dramaturges ont su montrer les failles, qui baigne le film. Nous ne sommes pas vraiment dans la tragédie, pas plus que nous l’étions dans Coups de feu sur Broadway (qui pourtant débouchait sur la mort de l’héroïne), la légèreté du cinéaste n’étant plus à louer. Mais nous sommes loin de la comédie, malgré le pittoresque assumé des personnages. Plutôt dans un entre-deux typiquement allénien, brillant sur la forme (le décor, la lumière, les couleurs, les dialogues) mais au fond très noir quant à la marge de manœuvre qui est laissée aux personnages. Car Wonder Wheel raconte des histoires d’amour impossibles, des rêves qui ne peuvent pas éclore, des destins qui patinent. Ginny, une quadra qui aurait tellement voulu vivre une autre vie, à laquelle Kate WINSLET donne vie, est tout particulièrement attachante, contradictoire, vibrante : le cinéaste est définitivement de ceux qui savent dessiner les plus beaux personnages féminins. Wonder Wheel n’a peut-être pas la séduction immédiate ni le gimmick triomphant de certains films de l’auteur de Manhattan, mais il n’y a rien à redire, c’est quand même un bijou. Et à 82 ans, Woody ALLEN ne montre toujours pas le moindre signe de fatigue !

Critique de Yves ALION

Film américain de Woody ALLEN (2017), avec Kate WINSLET, James BELUSHI, Justin TIMBERLAKE, Juno TEMPLE. 1h41.

Photos : Copyright Mars Films

 

2018-01-31T18:24:57+00:00 mercredi 31 janvier 2018|Critiques Texte, La Critique de la Semaine|