Triple 9 de John HILLCOAT

  • Triple 9 de John HILLCOAT

Le 999 du titre est le numéro que font les flics quand l’un d’entre eux est touché lors d’une fusillade, ce qui conduit toutes les forces de police présentes aux alentours de converger au plus vite. Une pratique qui est au centre de ce film touffu autant que désespéré, un film noir contemporain de toute beauté, tendu comme un ressort, qui passe nos nerfs à rude épreuve. L’action se déroule à Atlanta, mais elle pourrait avoir lieu dans n’importe quelle grande ville américaine, où le crime organisé prospère. Ici c’est la mafia judéo-russe, rarement montrée au cinéma, qui est sous le feu des projecteurs. Avec une Kate WINSLET absolument méconnaissable en marraine impitoyable. Le film ne peut que séduire les amateurs de films d’action, tant certaines scènes (le braquage du début du film et la course poursuite qui s’ensuit par exemple) sont menées de main de maître, avec un sens assez rare de l’efficacité immédiate, montage et bande-son à l’appui. Mais Triple 9 est aussi une tragédie, qui observe la société américaine avec des lunettes noires. Très noires. Les personnages (dont peu restent en vie à la fin du film) sont autant d’archétypes détestables ou pitoyables d’une Amérique à la dérive. Les mafieux qui décapitent leurs ennemis, les dealers latinos bardés d’armes automatiques, les flics ripoux jusqu’à la moelle forment ici une ronde infernale qui donnent un aperçu assez juste de l’enfer… sur Terre. Les occasions de reprendre son souffle ou même de sortir de la nuit (beaucoup de scènes nocturnes, comme cela se doit) sont rares. Il n’est pas certain (et encore moins souhaitable) que tout cela relève réellement d’une vision réaliste des choses, mais à l’instar du récent (été excellent) Sicario, le film débouche sur une sorte d’opéra de la cruauté sans doute paranoïaque, mais d’une rare cohérence. Si nous devions le noter sur 10, le film mériterait un triple 9.

Yves ALION

 

Film américain de John HILLCOAT (2015), avec Casey AFFLECK, Chiwetel EJIOFOR, Kate WINSLET, Woody HARRELSON. 1h 55.

https://www.youtube.com/watch?v=Q98llBYttiw

2017-03-09T15:54:51+00:00 mardi 15 mars 2016|Critiques Texte|