Tout, tout de suite de Richard BERRY

Accueil>La Critique de la Semaine>Critiques Texte>Tout, tout de suite de Richard BERRY

 

Le moins que l’on puisse dire est que le projet ne mettait pas à l’aise, et ce n’était d’ailleurs pas son objectif. Parce que l’affaire Illan Halimi reste sans doute l’une des plus atroces qui ait éclos depuis longtemps en notre pas très douce France. L’assassinat après force tortures d’un jeune homme au motif qu’il était juif par une bande de crétins patentés sous la coupe d’un ignoble salopard restera longtemps comme le marqueur sociologique d’un pays dont il n’y a plus rien à attendre. Le film posait d’emblée et avec une acuité particulière toutes les questions adéquates quand on met en scène un fait divers. Concernant l’affaire Halimi, un autre film, au demeurant réussi, avait précédé, Vingt-quatre jours, d’Alexandre Arcady, traitant le sujet par le biais des parents de la victime. Derrière la caméra, Richard Berry n’a pas toujours donné dans la dentelle (cf son récent et lourdingue Nos femmes) et il était à craindre que ce Tout, tout de suite fasse grincer bien des dents. Le fait est que le film n’a pas été accueilli par des vivas unanimes. D’aucuns lui reprochant une grande complaisance dans la description de la violence. Tout est affaire de sensibilité et nulle vérité ne peut ici prévaloir sur une autre. Que l’on me permette pourtant de soutenir que le film évite la plupart des pièges semés sur son passage. La violence est réelle mais elle nous plonge dans l’effroi plus qu’elle ne nous attire. Et toute l’affaire semble minutieusement déroulée, comme dans un rapport de police, parfois même avec une certaine sécheresse, aux antipodes de la complaisance. De fait Berry prend position et il l’assume sans ambigüité (d’autant qu’il s’est réservé le rôle du père de la victime, dont les échanges téléphoniques avec le ravisseur ont tourné au psychodrame) : le film apparaît sans gras, qui dénonce l’effroyable sauvagerie du gang des Barbares (tel que ces crétins s’autoproclamaient). Nous vibrons à chaque seconde avec Halimi dont le calvaire atteint la dimension du mythe. C’est aussi cela la fonction du cinéma.

Yves ALION

Film français de Richard BERRY (2016), avec Richard BERRY, Steve ACHIEPO, Marc RUCHMANN. 1h 51.

 

2017-03-09T15:54:49+00:00 mercredi 11 mai 2016|Critiques Texte|