Les Proies de Sofia COPPOLA

Pendant la Guerre de Sécession, un soldat nordiste blessé trouve refuge dans un pensionnat de jeunes filles de Virginie où il devient l’enjeu d’une dangereuse rivalité sentimentale. Du roman de Thomas CULLINAN, Don SIEGEL avait tiré un film dominé par la composition de Clint EASTWOOD, celui par qui le scandale arrivait. Près d’un demi-siècle plus tard plus tard, Sofia COPPOLA corrige le tir en s’attachant aux troubles émotionnels qui agitent ce gynécée. Son point de vue devient celui de ces femmes à différents âges de la vie, de la directrice altière campée par Nicole KIDMAN à l’enseignante frustrée qu’incarne son interprète fétiche, Kirsten DUNST, en passant par la jouvencelle personnifiée par la lumineuse Elle FANNING. À son habitude, c’est aux émois amoureux de ces dames que s’attache la réalisatrice de Virgin Suicides (1999), loin du bruit et de la fureur de la guerre qui apparaît plus que jamais comme une affaire d’hommes. Ce que montre Sofia COPPOLA, c’est le poids de la frustration. Ses héroïnes ressemblent à des mantes religieuses qui se déchirent une prise de choix. En ce sens, sa version des Proies mériterait de s’intituler… La Proie, tant son personnage masculin y devient l’enjeu d’une rivalité impitoyable et s’y trouve réduit à un rôle dépourvu d’héroïsme. En ce sens, le fait que la mise en scène soit passée d’un réalisateur connu pour la virilité de ses films à une cinéaste qui assume son féminisme décale singulièrement son point de vue et légitime cette entreprise.

Critique de Jean-Philippe GUERAND

Film américain de Sofia COPPOLA (2017), avec Nicole KIDMAN, Kirsten DUNST, Colin FARRELL. 1h 33.

 

2017-08-23T12:25:24+00:00 mercredi 23 août 2017|Critiques Texte|