La Sapienza d’Eugène GREEN

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Depuis Le Pont des arts, où le cinéma intellectuel et expérimental d’Eugène Green croisait des stars de cinéma (Gourmet, Rénier, Podalydès) en tentant une approche un peu plus abordable, l’art de Green se tient sur une sorte de transition amorcée, mais jamais vraiment franchie. La Sapienza ajoute une nouvelle couche à cette lente mutation, en convoquant le Voyage en Italie de Rosselini (pour l’un des axes narratifs, l’architecture, et même une forme de mélodrame). Soit un architecte en crise personnelle et artistique ainsi que son épouse, qui partent se ressourcer sur des terres italiennes. L’architecte va pouvoir s’y interroger sur le sens de son art, dans un geste qui semble faire clairement écho aux propres problématiques du réalisateur. De cette (très) vague pulsion autobiographique, le metteur en scène tire, à nouveau, un long métrage entre un ridicule assumé et le sublime. Des réflexions sur l’art et son rapport aux racines s’y entremêlent harmonieusement avec des pistes fictionnelles, qui mettent également en avant le rapport au passé (celui des formes, de l’art, les fantômes de la vie, vrais ou imaginés). Le résultat est une œuvre touchante en forme de manifeste, et de mise en point avant, peut-être, l’achèvement de la mutation déjà annoncée.

Pierre-Simon Gutman

Film franco-italien de Eugène Green (2014), avec Fabrizio Rogone, Christelle Prot Landman, Ludovico Succio. 1 h 44

2017-03-09T15:54:58+00:00 lundi 23 mars 2015|Critiques Texte|