La Forêt de quinconces de Grégoire LEPRINCE-RINGUET

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Un jeune homme quitte sa petite amie pour une autre. Rien de plus banal, sinon qu’il est la proie d’un envoûtement. Pour son premier long métrage, l’interprète vu chez Téchiné et Guédiguian a placé la barre très haute et se place sous la protection de Cocteau et Prévert. Suprême audace, son écriture mêle prose et vers dans des dialogues virevoltants qui osent à l’occasion être lyriques. Une écriture virtuose qui ne se met jamais en avant, mais se trouve servie par des interprètes inspirés, à l’image de ses deux muses, Pauline Caupenne et Amandine Truffy, mais aussi de Thierry Hancisse dans la défroque d’un clochard céleste, véritable oracle de cette tragédie moderne où le quotidien télescope des thèmes éternels. Son phrasé impeccable de sociétaire du Français sied idéalement à ce langage ouvragé. À l’instar de son titre intrigant, La Forêt de quinconces est une œuvre foisonnante au spectre fort étendu, où il arrive au quotidien de dériver vers le fantastique, voire le merveilleux, le temps d’un ballet qui doit autant à Jacques Demy qu’à Christophe Honoré, sur une musique composée par le leader du groupe Feu ! Chatterton. La vie, l’amour, la mort : une sainte trinité qui inspire à Grégoire Leprince-Ringuet un film résolument atypique comme seuls osaient en produire naguère des mécènes inconscients. Son ange gardien est d’ailleurs leur plus digne héritier : Paulo Branco. Celui même qui reprend les rênes du Don Quichotte de Terry Gilliam, après avoir soutenu des auteurs tels que Manoel de Oliveira ou Raoul Ruiz.

Jean-Philippe GUERAND

Film français de Grégoire LEPRINCE-RINGUET (2016), avec Grégoire LEPRINCE-RINGUET, Pauline CAUPENNE, Amandine TRUFFY. 1h 49.

2017-03-09T15:54:47+00:00 mercredi 22 juin 2016|Critiques Texte|