L’Origine de la violence d’Elie CHOURAQUI

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L’Origine de la violence 

Adapté d’un roman de Fabrice Humbert, le nouveau film d’Elie Chouraqui place d’emblée la barre très haute. Parce que les incessants va-et-vient entre passé et présent induisent une construction narrative en équilibre instable. Parce que la représentation des camps de la mort pose des problèmes éthiques des plus délicats (les scènes se déroulant à Buchenwald ne versent jamais dans le pittoresque ou la surenchère nauséeux). Parce que les intrigues basées sur des secrets de famille sont parfois difficiles à dénouer de façon fluide. Or Chouraqui contourne ces écueils avec talent. Son film n’est pas totalement neuf (on se souvient du très âpre K, d’Alexandre Arcady, qui explorait le même terrain il y a près de vingt ans), mais il possède une force indéniable, renforcée par le jeu de Stanley Weber, que l’on sent en proie à tous les désordres du monde, mais dont la volonté de savoir est irrépressible. Car le sujet du film est bien celui de l’oubli, de cette volonté d’une grande partie de ceux qui ont été marqués par le drame de la Shoah de n’en rien dire, et de poser comme une chape de plomb sur l’inracontable. Le film balance astucieusement entre la grande et la petite histoires, mais ne perd jamais son objectif de vue, celui de témoigner encore et toujours. A l’heure où les derniers déportés se font vieux, ce n’est pas du luxe…

Yves ALION

Film français d’Elie CHOURAQUI (2016), avec Richard BERRY, Stanley WEBER, César CHOURAQUI, Michel BOUQUET, Miriam STEIN. 1h 50.

 

2017-03-09T15:54:48+00:00 mercredi 25 mai 2016|Critiques Texte|