L’indomptée de Caroline DERUAS

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Caroline Deruas, pour son premier long métrage, construit une autofiction cinématographique. Pensionnaire en 2011 à la Villa Médicis, elle a pu revenir dans ce merveilleux palais romain, siège de l’Académie de France, pour tourner un film inspiré de son expérience, mais ouvert aux fantasmes et au surnaturel. Sa vie avec Philippe Garrel (pour qui elle a co-écrit trois films récents) est à peine transposée dans la relation entre Clotilde Hesme et Tchéky Karyo et cette partie du récit reste assez prévisible. Le spectateur aura sans doute un peu de mal à s’y intéresser, qu’il ait ou non les clés d’interprétation pour identifier les personnages. C’est du côté de la mystérieuse photographe interprétée par Jenny Thiam, déjà remarquée dans le très beau Anton Tchékhov 1890 de René Féret, que ce spectateur se tournera probablement. Jeune femme dont l’existence même est mise en question par la construction du film, pleine de brutalité dans son exigence d’artiste, entretenant un rapport ambigu, comme dans des miroirs multipliés, avec le personnage joué par Clotilde Hesme. Et des échappées vers le fantastique, la réalisatrice utilisant assez bien la splendeur légèrement décadente de cette extraordinaire bâtiment. Là sont passés Fragonard, Ingres, Berlioz, Bizet, Debussy, Balthus, et l’inconnue Lucienne Heuvelmans, première femme pensionnaire de la Villa en 1911. Jenny Thiam incarne magnifiquement cette fille étrange inventée (à partir de quelle réalité ?) par Caroline Deruas. Le film, mis souvent en danger, est sans doute sauvé par cette apparition énigmatique. La musique du grand Nicola Piovani, les participations de Tanya Lopert, Bernard Verley, Maryline Canto, Filippo Timi, font aussi oublier les fragilités de cette première œuvre.

Critique de René MARX

Film français de Caroline DERUAS (2016), avec Clotilde HESME, Jenna THIAM, Tchéky KARYO. 1h 38.

 

 

2017-04-18T19:34:42+00:00 mercredi 15 février 2017|Critiques Texte|