Jeunesse de Julien SAMANI

 

Julien Samani, documentariste, adapte pour son premier film de fiction le chef-d’œuvre de Joseph Conrad, Jeunesse. Cette nouvelle, Conrad l’écrivit à quarante ans, en se retournant vers son passé. La grandeur de l’écrivain fut de mêler la traversée du monde et l’intériorité, l’espace et la métaphysique, le rêve et la lucidité. Hitchcock (Agent secret), Brooks (Lord Jim), Ridley Scott (Les Duellistes), Coppola (Apocalypse Now) ou Akerman (La Folie Almayer) avaient relevé le défi de l’adaptation. Samani ne démérite pas, en utilisant la modestie extrême de son budget pour tout ramener à la suggestion, même les tempêtes les plus féroces, les naufrages les plus spectaculaires. Les trouvailles formelles sont d’un grand metteur en scène. Il situe l’aventure 135 ans plus tard, transposant habilement le récit au monde d’aujourd’hui et rajoute intelligemment des éléments absents du texte original. Samani n’atteint pas la complexité géniale de Conrad. Mais il est servi par des comédiens impeccables, Kevin Azaïs, Jean-Francois Stévenin et Samir Guesmi, et la voix de Patrick Grandperret (chez Conrad, c’est son double, « Marlow », qui raconte l’histoire). S’y ajoutent quelques inconnus remarquables et une musique où l’électro rencontre la viole de gambe. Le point de vue de Samani respecte la mélancolie du texte de Conrad, la cruauté et l’humour de son regard sur les espoirs d’un marin de vingt ans. Il fait entendre une voix tout à fait nouvelle dans le cinéma français.

René MARX

Film franco-portugais de Julien SAMANI (2016), avec Kevin AZAÏS, Samir GUESMI, Jean-Francois STÉVENIN. 1h 23.

2017-03-09T15:54:45+00:00 mercredi 07 septembre 2016|Critiques Texte|