Jauja de Lisandro ALONSO

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Entre Jauja et Loin des hommes, la carrière de Viggo Mortensen prend un tour relativement imprévisible, impressionnant mais d’une paradoxale cohérence. Loin de n’être qu’une caution internationale pour auteurs en quête d’un nouveau public, la star est devenu le symbole même, dans sa persona tout autant que dans sa présence véritable, d’un imaginaire américain familier et lointain, qui emplit invariablement les films dans lesquels il apparaît maintenant. Pour Jauja, de l’argentin Lisandro Alonso, l’acteur s’est totalement impliqué, apparaissant même comme coproducteur du résultat. A la base du récit, une histoire d’enlèvement et de quête, traditionnelle dans les récits hollywoodiens, aussi anciens que La Prisonnière du désert. Loin de le moderniser, Alonso, par des cadres souvent fixes extrêmement composés, semble au contraire traquer en permanence un temps premier du cinéma, qui relierait les naïvetés merveilleuses des premiers temps (les Lumière, Méliès) avec l’époque actuelle, en passant par le classicisme américain. Mortensen, avec sa prestance de cow-boy charismatique, insuffle au film un poids mythologique servant parfaitement le propos d’un long métrage qui se propose de redécouvrir avec un regard vierge des figures, des plans et des sensations, souvent trop vus, mais ici à nouveau contemplés.

Pierre-Simon Gutman

Film argentin de Lisandro Alonso (2014), avec Viggo Mortensen, Ghita Norby, Viilbjørk Malling Agger. 1h 48. 

2017-03-09T15:54:57+00:00 vendredi 17 avril 2015|Critiques Texte|