Eye in the sky de Gavin HOOD

  • Eye in the sky de Gavin HOOD

 

Quelques mois après l’excellent Good Kill, réalisé par Andrew Niccol, voici une nouvelle occasion de poser quelques questions sur la drôle de transformation qui est en train de s’opérer en matière militaire. L’utilisation de drones permet en effet de désincarner la violence et de rapporter la destruction de l’ennemi à un jeu vidéo pratiqué à distance. Car c’est au cœur du désert du Nevada, à quelques milles de Las Vegas (symbole inverse d’une Amérique désinvolte qui ne pense qu’aux plaisirs immédiats) que les soldats de l’Oncle Sam agissent pour frapper à (grande) distance leurs ennemis. En l’occurrence les islamistes de tous poils en activité en Irak, en Afghanistan ou dans certaines zones du Pakistan. Plus encore que Good Kill, Eye in the sky insiste sur la dimension absurde, surréaliste même, mais profondément oppressante de cette guerre à distance. En prenant l’espace du film un exemple précis, celui d’une fillette qui ne se résout pas à quitter la zone de frappe et que le politiquement correct  dicte d’épargner. D’où des va-et-vient dignes de Docteur Folamour entre les responsables à tous les niveaux pour statuer sur les probabilités d’atteindre l’innocente enfant qui a eu la mauvaise idée de vouloir vendre du pain à quelques mètres seulement d’une réunion de djihadistes sur le point de commettre un attentat.  Le ridicule grinçant de la situation n’empêche pas le suspense, bien au contraire, et le film est une réussite totale. Qui résiste qui plus est à la tentation de dire le droit. Nous laissant avec la frustration (fertile ?) de ne pas savoir comment trancher, acculés par l’absurde et le désespoir de faire partie de ce monde qui n’aura décidemment rien appris.

Le film sort en e-cinéma. Ce qui veut plus simplement dire qu’il est privé d’une sortie salle et que c’est sur Internet qu’il faut le chercher. L’offre explose : les salles françaises accueillent près de 700 films chaque année, mais cela n’empêche en rien que d’autres se pressent au portillon. Comme on le voit, certains d’entre eux sont excellents !

Yves ALION

Film américain de Gavin HOOD (2015), avec Helen MIRREN, Aaron PAUL, Alan RICKMAN. 1h 42. Sortie en e-cinéma le 9 septembre

2017-03-09T15:54:45+00:00 mercredi 14 septembre 2016|Critiques Texte|