Charlie’s Country de Rolf DE HEER

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  • Charlie's Country

Le cliché des films humanistes sur la cause aborigène en Océanie a un peu étouffé le débat sous une avalanche de bons sentiments dont l’enfer est, bien entendu, pavé. Charlie’s country tombe à pic pour entretenir la flamme tout en  offrant une vision plus fine et contrastée d’une tragédie qui continue d’empoisonner les pays concernés. Soit Charlie, un aborigène entretenu par le gouvernement des blancs, qui vit sans se poser de question, distribuant lui-même avec une certaine forme de générosité la rente. Puis cet homme, à la fois intégré et en dehors de la société australienne, lâche tout et tente de vivre en pleine brousse (son pays) à la manière de ses ancêtres. Proposition qui le mène à l’hôpital, mais il est trop tard : Charlie est changé, en guerre contre un système qu’il a adopté pendant de nombreuses années. Le cinéaste, Rolf De Heer, réussit une œuvre qui se tient en équilibre au-dessus des brûlantes questions évoquées. La liberté a ici un prix, le monde des blancs est inhumain ou généreux selon les occasions, et aucune vérité n’est univoque. A la fin, il ne reste plus de thèses ou de grandes causes, juste un homme qui veut subitement vivre comme il l’entend, et réalise qu’il est sans doute trop tard pour cela.

Pierre-Simon Gutman

Film australien de Rolf de Heer (2014), avec David Gulpilil, Peter Djigir, Like Ford, 1h 49 mn.

2017-03-09T15:55:00+00:00 lundi 15 décembre 2014|Critiques Texte|