Boulevard de Dito MONTIEL

 

Le bouleversement soudain de la vie d’un homme ordinaire a donné des films importants : depuis Vivre, de Kurosawa, L’Arrangement, de Kazan, jusqu’au récent et très beau Les Amants de Caracas, de Lorenzo Vigas. On peut aussi changer de vie à Nashville (Tennessee). Banquier timide, mari trop chaste, fils dévoué et frustré, loin du pittoresque d’une ville dont on n’aperçoit aucun paysage connu, Nolan découvre la passion amoureuse à soixante ans sous les traits d’un tapineur de Church Street. Il ment à son patron, à son meilleur ami, à son épouse, plus par désarroi que par calcul. La retenue extrême du personnage, la délicatesse de son (presque) amant, la modestie du scénario et de la mise en scène, la quasi-absence de péripéties ne font qu’augmenter les qualités d’un film qui ne vise certainement pas le sensationnel. La tristesse, la mélancolie de Nolan, son courage tardif, concentrent tout l’intérêt du spectateur sur l’émotion, la douceur un peu désespérée d’un homme qui a toujours réfréné ses désirs. Dans le rôle principal, Robin Williams prend une place très particulière. Tout cabotinage a disparu, l’acteur s’est dégagé de sa peau de star. Le film sortit aux USA en juillet 2014, un mois avant le suicide de Williams dans sa maison californienne. Il souffrait donc déjà pendant le tournage de graves problèmes de santé et de dépression. Sans même avoir conscience de ces événements intimes, le spectateur ne peut qu’admirer le jeu humble d’un comédien qui l’avait habitué à la démesure et à l’hyperbole. Le mérite en revient sans doute aussi à la direction de Dito Montiel, un cinéaste qui n’en est pas à son coup d’essai mais qui jusque-là était passé inaperçu de ce côté-ci de l’Atlantique. 

René MARX

Film américain de Dito MONTIEL (2014), avec Robin WILLIAMS, Kathy BAKER, Roberto AGUIRE, Gilles MATTHEY, Eleonore HENDRICKS. 1h 28

 

2017-03-09T15:54:48+00:00 mercredi 18 mai 2016|Critiques Texte|