École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle Cinéma, Son, Film d'Animation

La Critique de la Semaine

Depuis le 28 Octobre 2014, l’ESRA propose une nouvelle rubrique, « La Critique de la Semaine ».

En partenariat avec l’Avant Scène Cinéma, nous avons sélectionné pour les élèves de l’ESRA, de l’ISTS, de Sup’Infograph, et plus généralement pour tous ceux qui s’intéressent au cinéma un choix de cinq films chaque semaine.

Vous pourrez prendre connaissance d’une critique filmée pour un film et de quatre critiques écrites qui représentent nos coups de cœur hebdomadaires parmi les sorties de la semaine, le tout avec leur bande-annonce.

En espérant que cela puisse vous aider dans vos choix, bonnes projections ! 

Semaine du 26 Août 2015 :

 

Dheepan de Jacques AUDIARD

Dheepan

Yves Alion

Film français de Jacques Audiard (2015), avec Anthonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers. 1h 54.

Hitman : agent 47 d’Aleksander BACH

Hitman : agent 47

Le film raconte l’histoire d’un tueur génétiquement boosté en guerre contre la multinationale qui désire multiplier les hommes de main de son espèce… Même si le film pose quelques questions existentielles et louche sans vergogne du côté de Matrix, même si notre homme n’est pas totalement invincible puisqu’il est perméable à la raison et aux émotions, nous sommes bien ici au royaume du film d’action pur et dur avec force effets pyrotechniques et poursuites de voiture. Le genre a ses aficionados. Mais même ceux-là ne dédaignent pas à l’occasion un zeste d’humour et des personnages qui nous touchent. Ce qui n’est ici le cas que par (de rares) intermittences. Il faut dire que le film est adapté d’un jeu vidéo, Hitman, ce qui explique la propension du tueur à dégommer les unes après les autres des cibles (humaines) totalement interchangeables. On admettra que cela peut s’avérer lassant. Même si les jeux vidéo sont aujourd’hui plus sophistiqués qu’à l’époque du Pacman (mais personne n’a cherché à nous tenir 90 minutes en haleine avec un Pacman sur grand écran…).

Yves Alion

Film américain d’Aleksander Bach (2015), avec Rupert Friend, Hannah Ware, Zachary Quinto. 1h 25.

Derrière le mur, la Californie de Martin PERSIEL

Derrière le mur, la Californie

Premier long métrage de Martin Persiel, sorti en 2012 en Allemagne, le film revient sur la RDA d'avant 1989 par un étrange détour : une chronique des skateurs des années du Mur. Leurs films super8 de l'époque (mais il n'est pas sûr que tous soient authentiques), leurs témoignages d'aujourd'hui. Mélancolique, rappelant un peu le Mourir a trente ans de Romain Goupil, le film fait un beau travail sur la mémoire et l'histoire. En grande partie documentaire, fictionnalisé souvent (certains personnages sont des reconstructions à partir de plusieurs personnages réels), utilisant même l'animation dans de très beaux passages oniriques, c'est toujours intéressant, surprenant. Et la bande-son est du tonnerre de Dieu (même si celui-ci était très discret en RDA).

René Marx

This ain't California. Film allemand de Marten Persiel (2012) avec David Nathan, Anneke Schwabe, Bill Clinton, Erich Honecker, Helmut Kohl. 1h 40.

Les Dollars des sables d'Israel CARDENAS et Laura Amelia GUZMAN

Les Dollars des sable

Après le succès critique de Jean Gentil, le duo de cinéaste Laura Amélia Guzman et Isabel Cardenas revient avec un allié de poids: Geraldine Chaplin, porteuse ici à la fois de sa propre légende et, bien entendu, de son héritage familial. Elle prête ses traits forcément vieillis à une femme usée, victime d'un amour irraisonné ainsi que des mensonges d'une jeune femme, dans une île des Caraïbes. Le sujet de ce film est donc à la fois le tourisme sexuel, pratiqué par l'héroïne, et l'île même de Las Terrenas, son atmosphère, sa dépendance parfois malsaine envers les voyageurs, son mélange entre illusions et paradis. Les auteurs livrent un film d'ambiance, habité par des images qui tentent de restituer au plus près les sensations, couleurs, le ressenti de la vie dans ce faux éden. Une mise en scène au service d'un récit parfois cruel, qui peut occasionnellement rappeler le Paradis : amour d'Ulrich Seidl, mais qui réussit, grâce à son décor et sa star, à trouver sa propre identité.

Pierre-Simon Gutman

Dolares de arena. Film dominicain d’Israel Cardenas et Laura Amelia Guzman (2014), avec Geraldine Chaplin, Yanet Mojica, Ricardo Ariel Toribio. 1h 25.

Un héros de notre temps de Mario MONICELLI

Un héros de notre temps de Mario Monicelli

Mario Monicelli a débuté sa carrière de metteur en scène avec Totó, le génie de Naples. C'est quatre ans après le magnifique Gendarmes et Voleurs et trois ans avant son triomphe du Pigeon qu'il réalise cette célébration du veule, lâche, menteur, insupportable personnage créé par le Romain Alberto Sordi et qui l'a fait adorer d'un pays entier, ravi de se voir dans ce miroir impitoyable et peut-être déformant. La mise en scène, très statique, n'a rien à voir avec les chefs-d'œuvre à venir de Monicelli. Pourtant, entouré par des seconds rôles géniaux, Sordi en fait des tonnes et c'est tant mieux. Son rival en amour est interprété par un jeune colosse napolitain de vingt-cinq ans, sportif de haut niveau, Carlo Pedersoli, qui, en 1955, ne s'appelait pas encore… Bud Spencer !

René Marx

Un eroe dei nostri tempi. Film italien de Mario Monicelli (1955) avec Alberto Sordi, Franca Valeri, Tina Pica, Leopoldo Trieste, Alberto Lattuada. 1h25

 

Nos enfants de Ivano DE MATTEO

Nos enfants

Rares sont les films italiens à franchir les Alpes. Ce qui ne veut pas dire que nos amis transalpins soient sans inspiration. Certains cinéastes risquent même de rester dans les annales. Tel Ivano de Matteo, dont le film précédent, La Bella Gente, qui mettait en lumière les limites de la compassion chez certains bobos aux idées pas si larges, nous avait impressionnés. Nos enfants laboure le même sillon. Le film raconte l’histoire de deux frères dont l’un est un bourgeois sans complexe, alors que l’autre se veut socialement ouvert, dont les certitudes vacillent quand un drame frappe leur famille de plein fouet. Tant et si bien que le mélodrame agit et que nos propres croyances sont mises à rude épreuve. Notamment lorsque nous nous rendons compte, à l’instar des personnages, que nous n’avons aucune prise sur ce que nos enfants ont bien voulu retenir des enseignements qui leur avaient été prodigués. Grinçant mais salutaire.

Yves Alion

I Nostri Ragazzi. Film italien d’Ivano de Matteo (2014), avec Alessandro Gassman, Giovanna Mezzogiorno, Luigi Lo Cascio, Jacopo Olmo Antinori. 1h 32.

Qu’Allah bénisse la France de Abd Al MALIK

Qu’Allah bénisse la France

Abd Al Malik adapte pour son premier film l'autobiographie qu'il a publiée en 2004. Sa jeunesse strasbourgeoise, sa mère chrétienne, ses amis de la cité, son chemin vers la célébrité, sa rencontre du soufisme, sont évoqués dans un noir et blanc qui rend évidemment hommage à La Haine, le film que Kassovitz réalisa en 1995. Pierre Aïm est d'ailleurs le chef-opérateur des deux films. Mais Abd Al Malik affirme aussi sa dette vis-à-vis du Visconti de Rocco et ses frères et du Rochant d'Un monde sans pitié. Le film est beau, un peu trop sérieux parfois. La multiplicité des thèmes traités, politique, sociologique, musical, religieux, ne nuit cependant pas à l'intérêt du récit, porté par la grande exigence morale et esthétique du metteur en scène.

René Marx

Film français de Abd Al Malik (2014), avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani, Larouci Didi, Mickaël Nagenraft, Mireille Perrier. 1h 36.

Men, women and children de Jason REITMAN

Men, women and children

Revêtant la structure passe-partout du film choral, tout en réussissant à éviter l’effet catalogue, le nouvel opus du réalisateur de Juno brasse le destin de plusieurs parents déboussolés et de leurs enfants terribles, à l’ère du numérique. Dans ce nouveau monde où la société de consommation succombe au vertige de la communication, c’est surtout l’individualisme qui triomphe. Le constat est amer, mais l’interprétation constitue l’atout majeur de ce portrait de groupe avec drames où l’on croise des têtes d’affiche à contre-emploi, Adam Sandler et Jennifer Garner, des ado qui montent, Kaitlyn Dever (héroïne récurrente de Last Man Standing) et Ansel Elgort (Nos étoiles contraires), et même Dean Morris, le flic chauve de la série Breaking Bad.

Jean-Philippe Guerand

Film américain de Jason Reitman (2014), avec Kaitlyn Dever, Rosemarie DeWitt, Ansel Elgort. 1h 59.

Le Hobbit : la bataille des cinq armées de Peter JACKSON

Le Hobbit : la bataille des cinq armées

Même les admirateurs les plus fidèles de Peter Jackson d’accordent pour dire que réaliser trois films à partir de Bilbo le Hobbit (au lieu des deux prévus à l’origine) était une mauvaise idée. Le déséquilibre dramatique et narratif qui en résulte se retrouve en partie dans ce troisième volet, qui,comme son titre l’indique, est presque entièrement consacré à l’immense bataille qui clôt l’aventure du Hobbit. Mais du moins le film retrouve le souffle épique qui manquait. Malgré un ou deux effets numériques curieusement ratés, le film est une véritable splendeur visuelle. La maestria du montage, les décors stupéfiants magnifiés par la saison hivernale (un combat sur la glace est particulièrement marquant), le tout associé à une tonalité sombre et tragique, font du film un grand moment de « Fantasy », dans le sens originel du terme. Pour être libre, l’adaptation est de plus toujours fidèle à Tolkien, aussi bien dans la lettre (les plus célèbres passages dialogués sont repris) que dans l’esprit et la philosophie.

Laurent Aknin 

The Hobbit : The Battle of the Five Armies. Film de Peter Jackson (2014), avec Ian McKellen, Benedict Cumberbatch, Martin Freeman. 2h 20.