École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle Cinéma, Son, Film d'Animation

La Critique de la Semaine

Depuis le 28 Octobre 2014, l’ESRA propose une nouvelle rubrique, « La Critique de la Semaine ».

En partenariat avec l’Avant Scène Cinéma, nous avons sélectionné pour les élèves de l’ESRA, de l’ISTS, de Sup’Infograph, et plus généralement pour tous ceux qui s’intéressent au cinéma un choix de cinq films chaque semaine.

Vous pourrez prendre connaissance d’une critique filmée pour un film et de quatre critiques écrites qui représentent nos coups de cœur hebdomadaires parmi les sorties de la semaine, le tout avec leur bande-annonce.

En espérant que cela puisse vous aider dans vos choix, bonnes projections ! 

Semaine du 15 Juillet 2015 :

 

Love de Gaspar NOE

Love

Laurent Aknin

Film français de Gaspar Noé (2015), avec Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin. 2h 14.

Le Combat ordinaire de Laurent TUEL

Le combat ordinaire

Signataire d’une demi-douzaine de longs métrages (dont l’étonnant Jean-Philippe, où Fabrice Luchini campait un fan absolu de Johnny), Laurent Tuel ne se cantonne pas dans un genre, et c’est tant mieux. Ce Combat ordinaire est plus mélancolique que ses films précédents, et il nous va droit au cœur. Il est vrai que cette description des états d’âme d’un homme à la croisée des destins, qui cherche à y voir plus clair sur sa relation avec ses parents, sur ses amours ou sur son insertion dans le monde du travail est sensible. Le film est adapté d’une bande dessinée de Manu Larcenet (comme quoi les bandes dessinées ne sont pas le lieu unique d’aventures tonitruantes avec des héros plus grands que nature). Il en reprend la tonalité générale, toute en demi-teinte, qui laisse la part belle aux paysages et à l’exquise tristesse de la Bretagne profonde à l’heure du chaos économique.

Yves Alion

Film français de Laurent Tuel (2014), avec Nicolas Duvauchelle, Maud Wyler, André Wilms. 1h 40

Sorcerer de William FRIEDKIN

Sorcerer

De William Friedkin, pilier du Nouvel Hollywood, l’histoire a retenu deux blockbusters pétaradants : French Connection et L’Exorciste. Que l’on nous permette de leur préférer un polar atypique : Police fédérale Los Angeles et le remake hanté d’un classique du cinéma français : Sorcerer. Sous ce titre se cache en effet une nouvelle adaptation du Salaire de la peur, de Georges Arnaud, qui déboucha en son temps sur un chef d’œuvre éponyme du cinéma d’aventures, signé Henri-Georges Clouzot. Pour succéder à Yves Montand et Charles Vanel, Friedkin a fait appel à quatre comédiens issus de différents horizons, Roy Scheider, Bruno Cremer, Francisco Rabal et Amidou, qui campent respectivement un braqueur de seconde zone, un escroc parisien,  un tueur à gages et un terroriste palestinien. Soit quatre hommes au bout du rouleau que le destin réunit pour la plus périlleuse des missions, le transport d’explosifs au milieu d’une jungle qui ne fait pas de cadeau. L’occasion, une fois que nous avons fait connaissance avec les quatre (anti)héros, de scènes hantées, à la limité du fantastique, où les images baroques en diable, sont portées par une musique planante qui n’a sans doute plus cours aujourd’hui, mais dont l’étrangeté participe des qualités quasi-hypnotiques de l’ensemble. La réédition du film, 38 ans après sa sortie, est motivée par un nouveau montage du cinéaste, qui n’a jamais cessé de chérir secrètement cet enfant mal-aimé d’une œuvre chaotique et superbe.

Yves Alion

Film américain de William Friedkin (1977), avec Roy Scheider, Bruno Cremer, Francisco Rabal, Amidou. 2h 01.

La Isla minima d’Alberto RODRIGUEZ

La Isla Minima

La Isla Minima reprend un schéma du film noir devenu familier ces derniers temps : deux policiers vaguement antagonistes mènent, dans un passé proche, une enquête aux ramifications sordides qui va les bouleverser de l’intérieur. Certains reconnaîtront la série True Detective ou d’autres fleurons récents du noir, mais les vrais cinéphiles le savent : la matrice de tout ce courant est en fait le séminal Memories of a Murder de Bong Joon Ho, dont l’influence sidérante n’est pas assez mentionnée. La Isla Minima respecte ce glorieux modèle, en reprenant l’idée d’un passé proche aux connotations politiques troubles ; ici l’Espagne post franquiste du début des années 1980. Un décor parfait pour un pur film noir, où les tourments des personnages, ou les révélations de leurs vraies natures, prennent très largement le pas sur le dénouement de l’enquête. Servi par une très cinégénique région andalouse, le film se pose comme un nouveau jalon sur cette résurrection du genre espagnol dont l’ampleur est encore mal perceptible.

Pierre-Simon Gutman

Film espagnol d’Alberto Rodriguez (2015), avec Raul Arévalo, Javier Gutiérrez, Antonio de la Torre. 1h 44.

Les Révoltés de Simon LECLERE

Les Revoltes

Sur les bords de Loire, une histoire d'amours débutantes mêlée à un tableau politico-social d'une grande lucidité : premier long-métrage d'un auteur de courts, producteur expérimenté, Les Révoltés bénéficie de jeunes comédiens beaux et talentueux et d'un scénario complexe et poétique. Courant plusieurs lièvres à la fois, le regard sur la nature, l'exposé des ruines de la vie ouvrière en 2015, le thriller familial, la cruauté et l'érotisme de l'amour à vingt ans, Simon Leclère ne se perd jamais en route. On suppose bien qu'il transpose des expériences personnelles, mais jamais il ne tombe dans les clichés du premier film de déballage desordonné. Ce film bref, d'une richesse rare, démontre que le cinéma est l'art du temps juste.

René Marx

Film français de Simon Leclère (2015), avec Solène Rigot, Paul Bartel, Gilles Masson, Pierre Boulanger. 1h 20

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nos enfants de Ivano DE MATTEO

Nos enfants

Rares sont les films italiens à franchir les Alpes. Ce qui ne veut pas dire que nos amis transalpins soient sans inspiration. Certains cinéastes risquent même de rester dans les annales. Tel Ivano de Matteo, dont le film précédent, La Bella Gente, qui mettait en lumière les limites de la compassion chez certains bobos aux idées pas si larges, nous avait impressionnés. Nos enfants laboure le même sillon. Le film raconte l’histoire de deux frères dont l’un est un bourgeois sans complexe, alors que l’autre se veut socialement ouvert, dont les certitudes vacillent quand un drame frappe leur famille de plein fouet. Tant et si bien que le mélodrame agit et que nos propres croyances sont mises à rude épreuve. Notamment lorsque nous nous rendons compte, à l’instar des personnages, que nous n’avons aucune prise sur ce que nos enfants ont bien voulu retenir des enseignements qui leur avaient été prodigués. Grinçant mais salutaire.

Yves Alion

I Nostri Ragazzi. Film italien d’Ivano de Matteo (2014), avec Alessandro Gassman, Giovanna Mezzogiorno, Luigi Lo Cascio, Jacopo Olmo Antinori. 1h 32.

Qu’Allah bénisse la France de Abd Al MALIK

Qu’Allah bénisse la France

Abd Al Malik adapte pour son premier film l'autobiographie qu'il a publiée en 2004. Sa jeunesse strasbourgeoise, sa mère chrétienne, ses amis de la cité, son chemin vers la célébrité, sa rencontre du soufisme, sont évoqués dans un noir et blanc qui rend évidemment hommage à La Haine, le film que Kassovitz réalisa en 1995. Pierre Aïm est d'ailleurs le chef-opérateur des deux films. Mais Abd Al Malik affirme aussi sa dette vis-à-vis du Visconti de Rocco et ses frères et du Rochant d'Un monde sans pitié. Le film est beau, un peu trop sérieux parfois. La multiplicité des thèmes traités, politique, sociologique, musical, religieux, ne nuit cependant pas à l'intérêt du récit, porté par la grande exigence morale et esthétique du metteur en scène.

René Marx

Film français de Abd Al Malik (2014), avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani, Larouci Didi, Mickaël Nagenraft, Mireille Perrier. 1h 36.

Men, women and children de Jason REITMAN

Men, women and children

Revêtant la structure passe-partout du film choral, tout en réussissant à éviter l’effet catalogue, le nouvel opus du réalisateur de Juno brasse le destin de plusieurs parents déboussolés et de leurs enfants terribles, à l’ère du numérique. Dans ce nouveau monde où la société de consommation succombe au vertige de la communication, c’est surtout l’individualisme qui triomphe. Le constat est amer, mais l’interprétation constitue l’atout majeur de ce portrait de groupe avec drames où l’on croise des têtes d’affiche à contre-emploi, Adam Sandler et Jennifer Garner, des ado qui montent, Kaitlyn Dever (héroïne récurrente de Last Man Standing) et Ansel Elgort (Nos étoiles contraires), et même Dean Morris, le flic chauve de la série Breaking Bad.

Jean-Philippe Guerand

Film américain de Jason Reitman (2014), avec Kaitlyn Dever, Rosemarie DeWitt, Ansel Elgort. 1h 59.

Le Hobbit : la bataille des cinq armées de Peter JACKSON

Le Hobbit : la bataille des cinq armées

Même les admirateurs les plus fidèles de Peter Jackson d’accordent pour dire que réaliser trois films à partir de Bilbo le Hobbit (au lieu des deux prévus à l’origine) était une mauvaise idée. Le déséquilibre dramatique et narratif qui en résulte se retrouve en partie dans ce troisième volet, qui,comme son titre l’indique, est presque entièrement consacré à l’immense bataille qui clôt l’aventure du Hobbit. Mais du moins le film retrouve le souffle épique qui manquait. Malgré un ou deux effets numériques curieusement ratés, le film est une véritable splendeur visuelle. La maestria du montage, les décors stupéfiants magnifiés par la saison hivernale (un combat sur la glace est particulièrement marquant), le tout associé à une tonalité sombre et tragique, font du film un grand moment de « Fantasy », dans le sens originel du terme. Pour être libre, l’adaptation est de plus toujours fidèle à Tolkien, aussi bien dans la lettre (les plus célèbres passages dialogués sont repris) que dans l’esprit et la philosophie.

Laurent Aknin 

The Hobbit : The Battle of the Five Armies. Film de Peter Jackson (2014), avec Ian McKellen, Benedict Cumberbatch, Martin Freeman. 2h 20.