École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle Cinéma, Son, Film d'Animation

La Critique de la Semaine

Depuis le 28 Octobre 2014, l’ESRA propose une nouvelle rubrique, « La Critique de la Semaine ».

En partenariat avec l’Avant Scène Cinéma, nous avons sélectionné pour les élèves de l’ESRA, de l’ISTS, de Sup’Infograph, et plus généralement pour tous ceux qui s’intéressent au cinéma un choix de cinq films chaque semaine.

Vous pourrez prendre connaissance d’une critique filmée pour un film et de quatre critiques écrites qui représentent nos coups de cœur hebdomadaires parmi les sorties de la semaine, le tout avec leur bande-annonce.

En espérant que cela puisse vous aider dans vos choix, bonnes projections ! 

Semaine du 29 Avril 2015 :

 

Le labyrinthe du silence de Giulio RICCIARELLI

Le Labyrinthe Du Silence CDLS

Yves Alion

Im Labyrinth des Schweigens. Film allemand de Giulio Ricciarelli (2014), avec Alexander Fehling, André Szymanski, Frederike Becht, Lukas Miko. 2h 03.

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence de Roy ANDERSSON

Un Pigeon Perche Sur Une Branche Philosophait Sur L'existence

Roy Andersson est à la fois un des cinéastes européens les plus importants et les plus singuliers. Ce film constitue le troisième volet d’une trilogie entamée il y a de cela quinze ans sous le titre générique de Trilogie des vivants. Andersson tourne en autarcie dans son propre studio, des films millimétrés jusqu’au moindre détail. Cette nouvelle œuvre est un parfait condensé de son style, non pas singulier, mais unique. Il s’agit d’une succession de scènes absurdes ou cruelles reliées par un mince fil narratif, toujours tournées en studio, et donc dans un style artificiel revendiqué ; il s’agit également de plans fixes de très longue durée, à l’intérieur desquels les personnages, que l’on croirait figés comme dans une toile de Hopper ou un dessin caricatural, s’animent soudain dans des situations absurdes et souvent hilarantes. Pour qui connaît déjà le travail de Roy Andersson, l’effet de surprise joue naturellement moins que dans le film inaugural : Chansons du deuxième étage, qui est désormais un classique. Mais certaines séquences, immenses par leur ambition technique et leur prolongement philosophique (le défilé des troupes royales dans une mise en scène anachronique, ou un cauchemar littéralement terrifiant), se situent sans nul doute au sommet de l’art du cinéaste.

Laurent Aknin

En duva satt på en gren och funderade på tillvaron. Film suédois de Roy Andersson (2014), avec Holger Andersson, Nils Westblom, Charlotta Larsson. 1h 40.

Beyond clueless, a teen movie de Charlie LYNE

Beyond Clueless

Le cinéma pour adolescents est devenu un genre à part entière. La preuve dans ce documentaire assez bluffant qui s’articule par thèmes pour mieux souligner, preuves à l’appui, qu’en érigeant collégiens et lycéens au rang de nouveaux héros, Hollywood a rajeuni singulièrement son public. Charlie Lyne use avec habileté du droit de citation pour utiliser les images des innombrables films qu’elle mentionne et réveiller en chaque spectateur de plus ou moins agréables souvenirs de cinéma, à travers ces sempiternelles scènes de bals de fin d’année, de remises de diplômes, de blagues de potaches ou de terreur calibrée. Il ne manque sans doute à cet impressionnant jeu de construction que quelques témoignages de stars engendrées par ce sous-genre et l’évocation du rôle joué par un cinéaste aussi emblématique que John Hughes (Breakfast Club) qui a consacré sa vie à célébrer les frasques pubertaires de grands enfants et d’adultes attardés. Mais tel quel, Beyond Clueless… est un tour de force passionnant.

Jean-Philippe Guerand

Film documentaire américain de Charlie Lyne (2014). 1h 29.

Les Optimistes de Gunhild Westhagen MAGNOR

Les Optimistes

Les seniors ont la cote. En voici une nouvelle preuve dans cette évocation d’une équipe féminine de volley-ball amateur dont la joueuse la plus âgée arbore le numéro 98… parce que c’est aussi son âge canonique ! Il faut voir ces ménagères passionnées discuter des règles de ce sport qu’elles pratiquent essentiellement pour le plaisir de se retrouver et de partager leur enthousiasme. Malgré son titre trompeur, Les Optimistes ne cache pas pour autant les ravages du grand âge. Le film prend d’ailleurs une autre dimension lorsque ces vieilles dames indignes se mettent en tête de rencontrer une autre équipe scandinave de vétérans pas forcément animés de simples motivations ludiques. L’affrontement a tout pour virer à la correction pure et simple. Derrière son apparence de “feelgood movie”, le documentaire de Gunhild Westhagen Magnor esquisse des interrogations existentielles qui nous concerneront tous un jour, en distillant une force de vie assez communicative, mais sans le moindre angélisme.

Jean-Philippe Guerand

Optimistene. Film documentaire norvégien de Gunhild Westhagen Magnor (2014). 1h 30.

Connasse, Princesse des cœurs de Noémie SAGLIO et Eloïse LANG

Connasse Princesse Des Coeurs

Cela fait déjà quelques temps que Camille Cottin, alias « la connasse » fait les riches heures de Canal +, où ses facéties iconoclastes trouvent un terreau fertile. Le principe est de jouer les têtes à claque en caméra cachée pour rire des réactions de celles et ceux qui s’y collent. La gageure était de quitter le format court pour se confronter à celui d’un long métrage. Sur le fond et la forme, rien de bien révolutionnaire pour les fans de l’impétueuse comédienne. Mais (comment aurait-il pu en être autrement ?) le temps semble long sur 85 minutes. Le temps pour le spectateur de réfléchir à ce qu’il voit, soit une suite de sketchs pas toujours très drôles, dont l’insolence ne fait mouche que par accident. N’est pas Groucho Marx qui veut. Les images de making of défilant lors du générique de fin achèvent d’ailleurs de condamner l’entreprise, qui nous donnent à voir avec force éclats de rire comment l’équipe du film fait la paix avec les quidams piégés par la connasse. Au final, en dépit de quelques moments savoureux, il est difficile de trouver son compte. A quand une version cinéma de Vidéogags réalisée par Michael Youn ?

Yves Alion

Film français de Noémie Saglio et Eloïse Lang, avec Camille Cottin. 1h 25

 

 

 

 

Nos enfants de Ivano DE MATTEO

Nos enfants

Rares sont les films italiens à franchir les Alpes. Ce qui ne veut pas dire que nos amis transalpins soient sans inspiration. Certains cinéastes risquent même de rester dans les annales. Tel Ivano de Matteo, dont le film précédent, La Bella Gente, qui mettait en lumière les limites de la compassion chez certains bobos aux idées pas si larges, nous avait impressionnés. Nos enfants laboure le même sillon. Le film raconte l’histoire de deux frères dont l’un est un bourgeois sans complexe, alors que l’autre se veut socialement ouvert, dont les certitudes vacillent quand un drame frappe leur famille de plein fouet. Tant et si bien que le mélodrame agit et que nos propres croyances sont mises à rude épreuve. Notamment lorsque nous nous rendons compte, à l’instar des personnages, que nous n’avons aucune prise sur ce que nos enfants ont bien voulu retenir des enseignements qui leur avaient été prodigués. Grinçant mais salutaire.

Yves Alion

I Nostri Ragazzi. Film italien d’Ivano de Matteo (2014), avec Alessandro Gassman, Giovanna Mezzogiorno, Luigi Lo Cascio, Jacopo Olmo Antinori. 1h 32.

Qu’Allah bénisse la France de Abd Al MALIK

Qu’Allah bénisse la France

Abd Al Malik adapte pour son premier film l'autobiographie qu'il a publiée en 2004. Sa jeunesse strasbourgeoise, sa mère chrétienne, ses amis de la cité, son chemin vers la célébrité, sa rencontre du soufisme, sont évoqués dans un noir et blanc qui rend évidemment hommage à La Haine, le film que Kassovitz réalisa en 1995. Pierre Aïm est d'ailleurs le chef-opérateur des deux films. Mais Abd Al Malik affirme aussi sa dette vis-à-vis du Visconti de Rocco et ses frères et du Rochant d'Un monde sans pitié. Le film est beau, un peu trop sérieux parfois. La multiplicité des thèmes traités, politique, sociologique, musical, religieux, ne nuit cependant pas à l'intérêt du récit, porté par la grande exigence morale et esthétique du metteur en scène.

René Marx

Film français de Abd Al Malik (2014), avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani, Larouci Didi, Mickaël Nagenraft, Mireille Perrier. 1h 36.

Men, women and children de Jason REITMAN

Men, women and children

Revêtant la structure passe-partout du film choral, tout en réussissant à éviter l’effet catalogue, le nouvel opus du réalisateur de Juno brasse le destin de plusieurs parents déboussolés et de leurs enfants terribles, à l’ère du numérique. Dans ce nouveau monde où la société de consommation succombe au vertige de la communication, c’est surtout l’individualisme qui triomphe. Le constat est amer, mais l’interprétation constitue l’atout majeur de ce portrait de groupe avec drames où l’on croise des têtes d’affiche à contre-emploi, Adam Sandler et Jennifer Garner, des ado qui montent, Kaitlyn Dever (héroïne récurrente de Last Man Standing) et Ansel Elgort (Nos étoiles contraires), et même Dean Morris, le flic chauve de la série Breaking Bad.

Jean-Philippe Guerand

Film américain de Jason Reitman (2014), avec Kaitlyn Dever, Rosemarie DeWitt, Ansel Elgort. 1h 59.

Le Hobbit : la bataille des cinq armées de Peter JACKSON

Le Hobbit : la bataille des cinq armées

Même les admirateurs les plus fidèles de Peter Jackson d’accordent pour dire que réaliser trois films à partir de Bilbo le Hobbit (au lieu des deux prévus à l’origine) était une mauvaise idée. Le déséquilibre dramatique et narratif qui en résulte se retrouve en partie dans ce troisième volet, qui,comme son titre l’indique, est presque entièrement consacré à l’immense bataille qui clôt l’aventure du Hobbit. Mais du moins le film retrouve le souffle épique qui manquait. Malgré un ou deux effets numériques curieusement ratés, le film est une véritable splendeur visuelle. La maestria du montage, les décors stupéfiants magnifiés par la saison hivernale (un combat sur la glace est particulièrement marquant), le tout associé à une tonalité sombre et tragique, font du film un grand moment de « Fantasy », dans le sens originel du terme. Pour être libre, l’adaptation est de plus toujours fidèle à Tolkien, aussi bien dans la lettre (les plus célèbres passages dialogués sont repris) que dans l’esprit et la philosophie.

Laurent Aknin 

The Hobbit : The Battle of the Five Armies. Film de Peter Jackson (2014), avec Ian McKellen, Benedict Cumberbatch, Martin Freeman. 2h 20.