École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle Cinéma, Son, Film d'Animation

La Critique de la Semaine

Depuis le 28 Octobre 2014, l’ESRA propose une nouvelle rubrique, « La Critique de la Semaine ».

En partenariat avec l’Avant Scène Cinéma, nous avons sélectionné pour les élèves de l’ESRA, de l’ISTS, de Sup’Infograph, et plus généralement pour tous ceux qui s’intéressent au cinéma un choix de cinq films chaque semaine.

Vous pourrez prendre connaissance d’une critique filmée pour un film et de quatre critiques écrites qui représentent nos coups de cœur hebdomadaires parmi les sorties de la semaine, le tout avec leur bande-annonce.

En espérant que cela puisse vous aider dans vos choix, bonnes projections ! 

Semaine du 20 Mai 2015 :

 

La loi du marché de Stéphane BRIZE

La Loi du Marche CDLS

Yves Alion

Film français de Stéphane Brizé (2014), avec Vincent Lindon, Yves Ory, Karine de Mirbeck, Matthieu Schaller. 1h 33

Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud DESPLECHIN

Trois Souvenirs de ma jeunesse

S’il est un défaut que ne possède pas Desplechin, c’est l’inconstance. Son nouveau film se présente comme une sorte de digest très digeste de son œuvre que ses inconditionnels parcourront comme un jeu de l’oie initiatique et ludique. On y retrouve son alter ego, Paul Dédalus, au cours de ses années de formation roubaisiennes, confronté à une famille étouffante puis à des amours compliquées. Une fois n’est pas coutume, l’adulte incarné par Mathieu Amalric, se trouve réduit ici à la portion congrue, parti fuir sa mémoire au Tadjikistan, au profit du héros en jeune homme qu’incarne Quentin Dolmaire, face à une énième Esther que campe Lou Roy-Lecollinet. Trois Souvenirs de ma jeunesse est un improbable revival fusionnel des Enfants terribles et des Quatre Cents Coups qui confirme combien Desplechin assume l’héritage de Cocteau et Truffaut, autrement dit la pérennité d’un cinéma français tourné autant vers le “je” que vers le jeu qui n’a peur d’assumer ni son romantisme ni sa verve littéraire.

Jean-Philippe Guerand

Film français d’Arnaud Desplechin (2014), avec Quentin Dolmaire, Lou Roy-Lecollinet, Mathieu Amalric. 2h.

Christina Noble de Stephen BRADLEY

Christina Noble CDLS

Le cinéma a (entre autres) cette vertu, celle de mettre en lumière le destin peu commun de personnages exemplaires, sur lesquels les journaux ne font pas toujours leurs unes. Ainsi cette Christina Noble, une petite Irlandaise que le sort n’avait guère gâtée et qui se retrouve quelques décennies plus tard à construire des orphelinats au Vietnam pour protéger des enfants au destin également peu souriant. La question est bien sûr de savoir si les bons sentiments font les bons films. La réponse mérite soupesée. Christina Noble possède de solides qualités, et le personnage central nous séduit autant qu’il charme ceux qui croisent son chemin. Reste que l’on déborde trop souvent la ligne jaune du démonstratif (notamment dans son épilogue, quand le film se met à tresser des lauriers à son héroïne, qui apparaît en chair et en os à l’écran, éclipsant la pourtant méritante Deirdre O’Kane, qui lui avait prêté ses traits jusqu’alors). C’est d’autant plus dommage que l’on applaudit sans réserve au contraire à la façon dont est montrée toute l’enfance de Christina, dans la très prude et très raide Irlande. Pas besoin de forcer le trait pour trouver alors au film des accents du meilleur Ken Loach… 

Yves Alion

Film irlandais de Stephen Bradley (2014), avec Deirdre O’Kane, Sarah Greene, Gloria Cramer Curtis. 1h 40

À la poursuite de demain de Brad BIRD

A la Poursuite de demain CDLS

Si elle reprend les règles habituelles du studio (spectaculaire et optimisme), cette nouvelle production Disney se distingue par son ambition aussi bien visuelle que scénaristique. Le récit est même parfois d’une telle richesse que certaines lignes semblent se perdre en route et que toutes ses potentialités ne sont pas exploitées jusqu’au bout, entre futurs utopiques, syndrome de fin du monde, passage dans des dimensions parallèles, intelligence artificielle et conscience des robots, réécriture uchronique des faits historiques, etc. Le film fait également preuve d’une extraordinaire imagination décorative, notamment par sa réinvention du futur tel qu’on l’imaginait dans les années soixante. Il témoigne aussi de la nostalgie américaine pour le « temps de l’optimisme », celui de la conquête spatiale et des rêves des progrès scientifiques. Avant de revenir au registre plus classique des aventures disneyennes, la première moitié du film, avec ses ruptures narratives et ses décors de folie, est ce que l’on a vu de plus étonnant depuis longtemps dans l’univers du cinéma hollywoodien.

Laurent Aknin

Tomorrowland. Film américain de Brad Bird (2015), avec George Clooney, Hugh Laurie, Britt Robertson, Raffey Cassidy. 2h 10. 

Un voisin trop parfait de Rob COHEN

Un voisin trop parfait

Depuis qu’Alfred Hitchcock a donné vie (à l’écran) à Norman Bates, le terrifiant psychopathe de Psychose, nous avons appris à nous méfier de ces personnages propres sur eux mais qui développent des pathologies souvent meurtrières. C’est le cas du très sympathique voisin de Jennifer Lopez qui à y regarder de plus près révèle un sérieux pète au casque (comme on dit). Mais le parallèle avec Hitchcock s’arrête là, tant Rob Cohen (qui est un vieux routier du film d’angoisse) utilise de (très) grosses ficelles pour lier son motif narratif, ne laissant aucune place à l’humanité des personnages, qui sont ici relégués à n’être que des archétypes sans grande relief. A part bien sûr Jennifer Lopez, dont les rondeurs restent l’un des atouts majeurs du film, expliquant la frénésie érotique de son encombrant admirateur… En d’autres termes, le film est fait sur mesures pour quelques ados, qui pourront rendre visite à ce voisin trop parfait en bande pour rigoler (grassement) et manger du pop-corn (sans se priver). Les autres passeront probablement leur chemin…

Yves Alion

The Boy next door. Film américain de Rob Cohen (2014), avec Jennifer Lopez, Kristin Chenoweth, John Corbett. 1h 31.

 

 

 

 

 

Nos enfants de Ivano DE MATTEO

Nos enfants

Rares sont les films italiens à franchir les Alpes. Ce qui ne veut pas dire que nos amis transalpins soient sans inspiration. Certains cinéastes risquent même de rester dans les annales. Tel Ivano de Matteo, dont le film précédent, La Bella Gente, qui mettait en lumière les limites de la compassion chez certains bobos aux idées pas si larges, nous avait impressionnés. Nos enfants laboure le même sillon. Le film raconte l’histoire de deux frères dont l’un est un bourgeois sans complexe, alors que l’autre se veut socialement ouvert, dont les certitudes vacillent quand un drame frappe leur famille de plein fouet. Tant et si bien que le mélodrame agit et que nos propres croyances sont mises à rude épreuve. Notamment lorsque nous nous rendons compte, à l’instar des personnages, que nous n’avons aucune prise sur ce que nos enfants ont bien voulu retenir des enseignements qui leur avaient été prodigués. Grinçant mais salutaire.

Yves Alion

I Nostri Ragazzi. Film italien d’Ivano de Matteo (2014), avec Alessandro Gassman, Giovanna Mezzogiorno, Luigi Lo Cascio, Jacopo Olmo Antinori. 1h 32.

Qu’Allah bénisse la France de Abd Al MALIK

Qu’Allah bénisse la France

Abd Al Malik adapte pour son premier film l'autobiographie qu'il a publiée en 2004. Sa jeunesse strasbourgeoise, sa mère chrétienne, ses amis de la cité, son chemin vers la célébrité, sa rencontre du soufisme, sont évoqués dans un noir et blanc qui rend évidemment hommage à La Haine, le film que Kassovitz réalisa en 1995. Pierre Aïm est d'ailleurs le chef-opérateur des deux films. Mais Abd Al Malik affirme aussi sa dette vis-à-vis du Visconti de Rocco et ses frères et du Rochant d'Un monde sans pitié. Le film est beau, un peu trop sérieux parfois. La multiplicité des thèmes traités, politique, sociologique, musical, religieux, ne nuit cependant pas à l'intérêt du récit, porté par la grande exigence morale et esthétique du metteur en scène.

René Marx

Film français de Abd Al Malik (2014), avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani, Larouci Didi, Mickaël Nagenraft, Mireille Perrier. 1h 36.

Men, women and children de Jason REITMAN

Men, women and children

Revêtant la structure passe-partout du film choral, tout en réussissant à éviter l’effet catalogue, le nouvel opus du réalisateur de Juno brasse le destin de plusieurs parents déboussolés et de leurs enfants terribles, à l’ère du numérique. Dans ce nouveau monde où la société de consommation succombe au vertige de la communication, c’est surtout l’individualisme qui triomphe. Le constat est amer, mais l’interprétation constitue l’atout majeur de ce portrait de groupe avec drames où l’on croise des têtes d’affiche à contre-emploi, Adam Sandler et Jennifer Garner, des ado qui montent, Kaitlyn Dever (héroïne récurrente de Last Man Standing) et Ansel Elgort (Nos étoiles contraires), et même Dean Morris, le flic chauve de la série Breaking Bad.

Jean-Philippe Guerand

Film américain de Jason Reitman (2014), avec Kaitlyn Dever, Rosemarie DeWitt, Ansel Elgort. 1h 59.

Le Hobbit : la bataille des cinq armées de Peter JACKSON

Le Hobbit : la bataille des cinq armées

Même les admirateurs les plus fidèles de Peter Jackson d’accordent pour dire que réaliser trois films à partir de Bilbo le Hobbit (au lieu des deux prévus à l’origine) était une mauvaise idée. Le déséquilibre dramatique et narratif qui en résulte se retrouve en partie dans ce troisième volet, qui,comme son titre l’indique, est presque entièrement consacré à l’immense bataille qui clôt l’aventure du Hobbit. Mais du moins le film retrouve le souffle épique qui manquait. Malgré un ou deux effets numériques curieusement ratés, le film est une véritable splendeur visuelle. La maestria du montage, les décors stupéfiants magnifiés par la saison hivernale (un combat sur la glace est particulièrement marquant), le tout associé à une tonalité sombre et tragique, font du film un grand moment de « Fantasy », dans le sens originel du terme. Pour être libre, l’adaptation est de plus toujours fidèle à Tolkien, aussi bien dans la lettre (les plus célèbres passages dialogués sont repris) que dans l’esprit et la philosophie.

Laurent Aknin 

The Hobbit : The Battle of the Five Armies. Film de Peter Jackson (2014), avec Ian McKellen, Benedict Cumberbatch, Martin Freeman. 2h 20.