École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle Cinéma, Son, Film d'Animation

La Critique de la Semaine

Depuis le 28 Octobre 2014, l’ESRA propose une nouvelle rubrique, « La Critique de la Semaine ».

En partenariat avec l’Avant Scène Cinéma, nous avons sélectionné pour les élèves de l’ESRA, de l’ISTS, de Sup’Infograph, et plus généralement pour tous ceux qui s’intéressent au cinéma un choix de cinq films chaque semaine.

Vous pourrez prendre connaissance d’une critique filmée pour un film et de quatre critiques écrites qui représentent nos coups de cœur hebdomadaires parmi les sorties de la semaine, le tout avec leur bande-annonce.

En espérant que cela puisse vous aider dans vos choix, bonnes projections ! 

Semaine du 24 Juin 2015 :

 

Un moment d'égarement de Jean-François RICHET

Un Moment d'égarement

Yves Alion

Film français de Jean-François Richet (2014), avec Vincent Cassel, François Cluzet, Lola Le Lann, Alice Isaaz. 1h 45

Gunman de Pierre MOREL

Gunman

Signé par le maître du nouveau polar français, Jean-Patrick Manchette, La Position du tireur couché avait été adapté une première fois par Robin Davis, sous le titre Le Choc, avec Alain Delon dans le rôle principal. Un ratage. Le voici donc une seconde fois porté à l’écran par Pierre Morel. En langue anglaise, avec des moyens plus conséquents et une star de dimension mondiale, Sean Penn, que l’on n’avait pas souvent vu dans des films d’action de ce type. On pouvait attendre du signataire de Taken, sinon une originalité totale de propos et de filmage, du moins une certaine efficacité. Elle n’est pas vraiment au rendez-vous. Essentiellement pour des raisons de scénario : on ne croit qu’à demi aux retrouvailles du héros et de celle qu’il a aimée huit ans plus tôt, pas plus que l’on donne quitus au cinéaste pour ce qui est des relations de notre homme, ancien tueur à gages pour le compte de sociétés minières, avec ses anciens complices, plus fourbes et violents que nature. Pour ne rien dire de ses retournements moraux. Restent les scènes d’action, parfois spectaculaires, notamment dans la dernière partie quand la tension est à son paroxysme pendant une corrida, au milieu de la foule… Au final, c’est assez peu. Et s’il faut se persuader qu’un film politique mettant en cause les Occidentaux en Afrique peut aussi être un beau film d’action, intelligemment mené autant que réglé au cordeau, on ne peut que conseiller une nouvelle vision du superbe Une affaire d’Etat, d’Eric Valette.

Yves Alion

The Gunman. Film franco-américain de Pierre Morel (2015), avec Sean Penn, Idris Elba, Javier Bardem, Ray Winstone. 1h 55.

Une seconde mère d’Anna MUYLAERT

Une Seconde Mere

On retrouve dans Une seconde mère une thématique qui affleurait déjà d’un autre film brésilien, sorti le 3 juin dernier, Casa Grande de Fellipe Barbosa : celle de l’argent qui achète tout… sauf la pureté du cœur. On passe ici de la grande bourgeoisie de Rio de Janeiro à celle de São Paulo. Dans un cas comme dans l’autre, un garçon négligé par ses parents sur le plan affectif se réfugie auprès d’une domestique, en l’occurrence cette fois une femme dévouée (formidablement campée par Regina Casé) qui a sacrifié l’éducation de sa propre fille à son gagne-pain, quitte à devenir la seconde mère de cet adolescent sans assumer ce rôle auprès de sa progéniture qui lui est devenue étrangère. Anna Muylert confronte subtilement le poids de l’inné et de l’acquis, sans jamais sombrer dans les travers du pathos ni succomber à la tentation du manichéisme. Il émane de ses protagonistes une authenticité qui confère toute son humanité à ce tableau de mœurs d’une cellule familiale gangrénée par le profit.

Jean-Philippe Guerand

Val. Film brésilien d’Anna Muylaert (2014), avec Regina Casé, Michel Joelsas, Camila Mardila. 1h 52.

Une mère de Christine CARRIERE

Une mère

Il y a vingt ans, Christine Carrière, fraichement émoulue de la Fémis, réalisait Rosine, l’histoire d’une ado chez les Chtis dont les rapports étaient pour le moins compliqués avec sa jeune mère de 30 ans, Marie, incarnée par Mathilde Seigner. Aujourd’hui, Mathilde Seigner s’appelle toujours Marie. Mais elle a un fils, qu’elle a eu sur le tard… Pour autant on a le sentiment que le personnage est le même, qui a conservé une vraie difficulté à communiquer avec son enfant, celui-ci étant écorché vif… Un peu comme un cousin du gamin de La Tête haute, le dernier film d’Emmanuelle Bercot. Ou des personnages très autobiographiques concoctés dans différents films par Xavier Dolan. Il y a certes de jolis moments dans Une mère, qui questionne avec intelligence la validité d’un acquis qui n’est pourtant pas une évidence, celui de l’amour maternel que rien ni personne n’altère. Mais pour être franc, nous ne sommes pas emportés comme nous l’avions été dans les films précédents de la cinéaste. D’autant que sur les mêmes terres (géographiques et cinématographiques) nous avons depuis Rosine pris l’habitude de nous régaler avec le cinéma des frères Dardenne, dont l’acuité nous semble autrement plus grande.

Yves Alion

Film français de Christine Carrière (2015), avec Mathilde Seigner, Kacey Mottet-Klein, Pierfrancesco Favino. 1h 40

Masaan de Neeraj GHAYWAN

Masaan

Présenté au dernier Festival de Cannes, dans la section Un Certain Regard, ce film indien (coproduit par la France), premier long métrage du réalisateur, a été suffisamment remarqué pour récolter quelques prix, dont celui de la critique internationale. Son principal mérite est de se distinguer des deux principales tendances du cinéma indien tel qu’on le connaît sous nos latitudes (Bollywood d’un côté, le cinéma d’auteur bengali de l’autre). Dans le cas présent, le film entremêle deux histoires franchement mélodramatiques – mais sans chanson ni danse – afin de dénoncer le poids des traditions et des préjugés (le système des castes, l’oppression des femmes) ainsi que les systèmes de corruption. Ceci dit, si le propos est généreux et si ce film tranche avec la production indienne courante, il n’en reste pas moins, objectivement, assez faible dans son écriture cinématographique. Les passages les plus forts et les plus intéressants sont ceux décrivant l’industrie de la crémation à Bénarès. La qualité du regard du cinéaste, lors de ces séquences, font parfois penser qu’il est peut-être passé à côté de son sujet en voulant intégrer trop de thèmes en un seul film.

Laurent Aknin

Film indien de Neeraj Ghaywan avec Richa Chadda, Vicky Kaushal, Sanjay Mishra. 1h 43.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nos enfants de Ivano DE MATTEO

Nos enfants

Rares sont les films italiens à franchir les Alpes. Ce qui ne veut pas dire que nos amis transalpins soient sans inspiration. Certains cinéastes risquent même de rester dans les annales. Tel Ivano de Matteo, dont le film précédent, La Bella Gente, qui mettait en lumière les limites de la compassion chez certains bobos aux idées pas si larges, nous avait impressionnés. Nos enfants laboure le même sillon. Le film raconte l’histoire de deux frères dont l’un est un bourgeois sans complexe, alors que l’autre se veut socialement ouvert, dont les certitudes vacillent quand un drame frappe leur famille de plein fouet. Tant et si bien que le mélodrame agit et que nos propres croyances sont mises à rude épreuve. Notamment lorsque nous nous rendons compte, à l’instar des personnages, que nous n’avons aucune prise sur ce que nos enfants ont bien voulu retenir des enseignements qui leur avaient été prodigués. Grinçant mais salutaire.

Yves Alion

I Nostri Ragazzi. Film italien d’Ivano de Matteo (2014), avec Alessandro Gassman, Giovanna Mezzogiorno, Luigi Lo Cascio, Jacopo Olmo Antinori. 1h 32.

Qu’Allah bénisse la France de Abd Al MALIK

Qu’Allah bénisse la France

Abd Al Malik adapte pour son premier film l'autobiographie qu'il a publiée en 2004. Sa jeunesse strasbourgeoise, sa mère chrétienne, ses amis de la cité, son chemin vers la célébrité, sa rencontre du soufisme, sont évoqués dans un noir et blanc qui rend évidemment hommage à La Haine, le film que Kassovitz réalisa en 1995. Pierre Aïm est d'ailleurs le chef-opérateur des deux films. Mais Abd Al Malik affirme aussi sa dette vis-à-vis du Visconti de Rocco et ses frères et du Rochant d'Un monde sans pitié. Le film est beau, un peu trop sérieux parfois. La multiplicité des thèmes traités, politique, sociologique, musical, religieux, ne nuit cependant pas à l'intérêt du récit, porté par la grande exigence morale et esthétique du metteur en scène.

René Marx

Film français de Abd Al Malik (2014), avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani, Larouci Didi, Mickaël Nagenraft, Mireille Perrier. 1h 36.

Men, women and children de Jason REITMAN

Men, women and children

Revêtant la structure passe-partout du film choral, tout en réussissant à éviter l’effet catalogue, le nouvel opus du réalisateur de Juno brasse le destin de plusieurs parents déboussolés et de leurs enfants terribles, à l’ère du numérique. Dans ce nouveau monde où la société de consommation succombe au vertige de la communication, c’est surtout l’individualisme qui triomphe. Le constat est amer, mais l’interprétation constitue l’atout majeur de ce portrait de groupe avec drames où l’on croise des têtes d’affiche à contre-emploi, Adam Sandler et Jennifer Garner, des ado qui montent, Kaitlyn Dever (héroïne récurrente de Last Man Standing) et Ansel Elgort (Nos étoiles contraires), et même Dean Morris, le flic chauve de la série Breaking Bad.

Jean-Philippe Guerand

Film américain de Jason Reitman (2014), avec Kaitlyn Dever, Rosemarie DeWitt, Ansel Elgort. 1h 59.

Le Hobbit : la bataille des cinq armées de Peter JACKSON

Le Hobbit : la bataille des cinq armées

Même les admirateurs les plus fidèles de Peter Jackson d’accordent pour dire que réaliser trois films à partir de Bilbo le Hobbit (au lieu des deux prévus à l’origine) était une mauvaise idée. Le déséquilibre dramatique et narratif qui en résulte se retrouve en partie dans ce troisième volet, qui,comme son titre l’indique, est presque entièrement consacré à l’immense bataille qui clôt l’aventure du Hobbit. Mais du moins le film retrouve le souffle épique qui manquait. Malgré un ou deux effets numériques curieusement ratés, le film est une véritable splendeur visuelle. La maestria du montage, les décors stupéfiants magnifiés par la saison hivernale (un combat sur la glace est particulièrement marquant), le tout associé à une tonalité sombre et tragique, font du film un grand moment de « Fantasy », dans le sens originel du terme. Pour être libre, l’adaptation est de plus toujours fidèle à Tolkien, aussi bien dans la lettre (les plus célèbres passages dialogués sont repris) que dans l’esprit et la philosophie.

Laurent Aknin 

The Hobbit : The Battle of the Five Armies. Film de Peter Jackson (2014), avec Ian McKellen, Benedict Cumberbatch, Martin Freeman. 2h 20.